Des fragments du
Livre des Morts découverts dans
un musée australien
Des
fragments d'un Livre
des morts de
l'Egypte ancienne
ont été découverts
par hasard dans un
musée australien en
examinant un petit
morceau de papyrus
parmi des objets
préparés en vue
d'une exposition.
John Taylor, un
égyptologue du
British Museum, a
indiqué que la
découverte était
basée sur un morceau
de papyrus portant
le nom d'Amenhotep
*, figurant dans
l'exposition « Mummy:
Secrets of the Tomb » du
Queensland Museum à
Brisbane, au
nord-est de
l'Australie.
Cette pièce se
trouvait dans une
caisse d'antiquités
destinées à
l'exposition, sur
laquelle il s'était
penché par hasard.
Les morceaux de
papyrus faisaient
partie d'une
donation privée en
1913 et n'étaient
pas généralement
exposés, mais
avaient été sortis
pour accompagner
l'exposition de
momies à laquelle
Taylor était venu
apporter son aide.
Le haut dignitaire
d'Egypte, auquel
appartient ce Livre
des morts, fut un
grand bâtisseur sous
le règne d'Amenhotep
III *. Etonné par
sa trouvaille, John
Taylor a demandé
s'il y avait
d'autres fragments
dans les archives du
musée. « Après
une courte
vérification, il
était évident que
nous avions divers
fragments du Livre
des Morts de ce
dignitaire »,
a-t-il rapporté au
journal
The Australian on
Sunday.
« Il ne s'agit
pas du papyrus d'un
quelconque égyptien
mais de celui d'un
personnage des plus
importants d'Egypte
à l'époque de sa
grande prospérité »,
a ajouté John Taylor
parlant de cette
découverte comme d'
« une seule »
que l'on puisse
faire dans une vie.
L'égyptologue a
indiqué qu'il y
avait d'autres
morceaux du livre d'Amenhotep
dispersés dans
d'autres musées dont
le Musée des
Beaux-Arts de
Boston, le British
Museum et le
Metropolitan Museum
of Art de New York.
Les exemplaires
trouvés en Australie
doivent être
photographiés pour
déterminer où ils se
situent dans
l'ensemble du livre,
dont la longueur est
évaluée par John
Taylor à plus de 20
mètres, ce qui en
ferait la plus
grande et la plus
significative
découverte de
manuscrits retrouvés
dans les tombeaux.
« En Egypte, dans
les années 1890, lesgens
collectionnaient et
fouillaient
énormément et
souvent ils ne
savaient plus la
provenance de leurs
objets », a noté
John Taylor.
*NDA : (Il s'agit
sans doute d'Amenhotep
fils de Hapou)
Sont-ce
Cléopâtre Séléné et Alexandre Hélios,
les jumeaux de Cléopâtre VII ?
Un groupe statuaire du
Musée du Caire a attiré
l'attention de l'égyptologue
Giuseppina Capriotti. Il
représenterait, selon elle,
les jumeaux que la grande
Cléopâtre aurait eus avec
Marc-Antoine. La statue en
grès a été découverte près
du temple d'Hathor à Dendera
en 1918. Cléopâtre VII a
commandé des
œuvres pour ce temple, dont
la plus célèbre la
représente avec son fils
Césarion (Ptolémée XV)
représentée ci-dessous.
Le Musée du Caire a
acheté la statue de dix
mètres de haut mais n'y a
pas prêté une plus grande
attention, ayant déterminé
qu'il s'agissait d'une
représentation de Chou et de
Tefnout. Le dos de la
sculpture (n° de
catalogue JE 46278) est
gravé d' étoiles de qui
indique certainement qu'elle
faisait partie d'un plafond.
La statue représente deux
enfants nus, un garçon et
une fille, portant
respectivement les attributs
du soleil et de la lune. Une
de leurs mains est posée sur
l'épaule de son compagnon,
tandis que l'autre tient des
serpents dont les anneaux
s'enroulent autour de leurs
jambes et sur le socle de la
statue. Lesquels serpents,
d'après Mme Capriotti,
seraient deux cobras
représentant également le
soleil et la lune. Les deux
disques sont décorés de
l'œil oudjat. Les visages ne
sont malheureusement pas
très bien conservés mais on
peut noter que le garçon a
les cheveux bouclés et une
tresse sur le côté droit de
la tête, et que la
chevelure de la jeune fille
est coiffée en « côtes de
melon », coiffure très en
vogue sous le règne de
Cléopâtre VII.
La statue a été datée de
50 à 30 avant JC. Sachant
que les jumeaux de Cléopâtre
sont nés en 40 avant JC, le
calendrier correspond. Mais
ce n'est pas tout. Le choix
iconographique de la lune et
du soleil rappellent bien
sûr les noms de « Séléné »
(déesse grecque de la lune)
et d'Hélios (incarnation
grecque du soleil).
L'étreinte des jumeaux,
explique l'égyptologue,
pourrait suggérer une
éclipse solaire. Lorsque
Marc Antoine reconnaît ses
jumeaux, trois ans
après leur naissance,
l'événement est marqué par
une éclipse solaire ! C'est
à ce moment que Cléopâtre
ajoute aux noms de ses
enfants Hélios pour
Alexandre et Séléné pour
Cléopâtre.
Si cette statue
représente bien les jumeaux,
elle constitue la première
représentation des deux
ensemble jamais découverte.
La seule autre image que
nous ayons de Séléné est
celle d'une adulte ; elle
est représentée sur les
monnaies frappées pendant
son règne en Mauritanie.
Alexandre Hélios ne semble
pas avoir survécu jusqu'à
l'âge adulte, pas plus que
son frère cadet Ptolémée
Philadelphe.
Après les suicides de
leurs parents, les trois
enfants de Cléopâtre et de
Marc Antoine furent emmenés
à Rome par Octave en 30
avant notre ère. Enchaînés,
ils furent exposés aux
regards de la foule lors du
« triomphe » d'Octave.
Confiés ensuite à Octavie,
la sœur de l'empereur romain
(et accessoirement la
troisième épouse
d'Antoine !) Les garçons
meurent prématurément (de
mort naturelle ?
empoisonnés ?) tandis que
leur sœur Séléné est mariée
au roi Juba de Maurétanie.
Elle est une dirigeante
accomplie et puissante,
travaillant aux côtés de son
époux. Les pièces de monnaie
de cette époque la
représentent au revers du
portrait de son mari, ce qui
est peu courant !
Séléné a même nommé son
fils « Ptolémée », se
conformant aux coutumes
maternelles alors que la
tradition dictait plutôt de
donner aux fils le nom de
leur père ou au moins d'y
inclure une référence à la
lignée paternelle.
Pour resituer Séléné et
son frère dans l'histoire,
je recommande la lecture des
livres de Françoise
Chandernagor:
Les enfants d'Alexandrie
etLes
Dames de Rome
parus chez Albin Michel.
Des
tombes grecques et byzantines
mises au jour à Alexandrie
Des archéologues
égyptiens ont mis au
jour quatre tombes
rupestres des
époques grecque et
byzantine dans
l'ancienne nécropole
orientale
d'Alexandrie,
mettant terme à des
projets de
constructions
résidentielles.
Les tombes ont
révélé des urnes
funéraires, des
vases à parfum et
des lampes. La plus
importante de ces
tombes date de
l'époque
gréco-romaine. Elle
comprend une cour
ouverte avec deux
colonnes en son
milieu. Deux puits
funéraires, emplis
de squelettes
humains et de pots
d'argile ont
également été
découverts. Une urne
funéraire décorée,
contenant des restes
humains incinérés a
été mise au jour
avec une pierre
tombale portant le
nom du défunt. Les
murs portent encore
des couches de
plâtre et des traces
de peinture rouge.
La deuxième tombe,
qui possède huit
niveaux, se trouve
sous un bâtiment
moderne. Les autres
se trouvent à un
niveau plus profond
et renferment une
collection de lampes
d'argile et des pots
de différentes
tailles et formes.
Parmi les débris,
les archéologues ont
découvert une petite
tombe destinée à une
femme et à son fils,
datant de la fin de
la période romaine
Après la découverte,
la zone est
désormais déclarée
site archéologique
protégé et tous les
travaux de
construction y sont
interdits.
Palais Présidentiels.
Certains seront ouverts dès l’année prochaine aux
visiteurs, selon le Conseil suprême des antiquités.
L’Egypte en compte une vingtaine, dont plusieurs en
excellent état.
Des
joyaux a exploiter
Dans de nombreux pays, les palais royaux ou
présidentiels sont des lieux de visite ouverts aux
touristes. C’est le cas notamment en Angleterre avec
le Palais de Buckingham, et aux Etats-Unis avec la
Maison Blanche, en partie ouverte au public. En
Egypte, les palais présidentiels sont des lieux
fermés et hors de portée de la population. Une
situation qui va désormais changer. C’est du moins
ce qu’affirme Moustapha Amin, secrétaire général du
Conseil Suprême des Antiquités (CSA). « Jusqu’à
présent, les palais présidentiels en Egypte
dépendaient de la présidence de la République et non
pas du CSA ou du ministère d’Etat pour les
Antiquités. Nous n’avions le droit ni de les
inscrire en tant que monuments, ni de les mettre sur
la carte des visites historiques. Mais cette
situation va changer. Après la révolution, un comité
a été formé pour recenser ces palais : les
bâtiments, les éléments architecturaux, les pièces
antiques, etc. », explique Moustapha Amin.
Parmi les plus célèbres palais présidentiels en
Egypte figurent notamment les palais d’Abdine, d’Al-Orouba,
d’Al-Qobba, d’Al-Tahra au Caire, ceux de Montaza et
de Ras Al-Tine à Alexandrie. Bien que ces palais
relatent des périodes riches de l’histoire de
l’Egypte moderne, ils ne sont jusqu’à présent pas
exploités sur le plan touristique.
Selon Moustapha Amin, le CSA ne pouvait pas demander
que ces palais soient répertoriés comme antiquités
car les procédures étaient trop compliquées. « Seuls
deux palais sont répertoriés comme antiquités et
ceci à la demande de la présidence, à savoir celui
de Abdine en 1992 et celui d’Al-Orouba en 2002 »,
indique Amin.
Il
ajoute qu’il avait, en 2008, présenté un projet à
Zahi Hawas, à l’époque secrétaire général du CSA,
pour ouvrir une partie des palais présidentiels à la
visite, au moins aux VIP, et à la tenue de grandes
cérémonies comme celles qui ont parfois lieu dans la
salle dorée du Palais de Mohamad Ali à Manial.
Surtout que la plupart des palais servent
aujourd’hui de locaux administratifs aux employés de
la présidence. « J’avais expliqué dans ma demande
comment on pouvait assurer la sécurité de ces lieux
pendant de telles cérémonies qui sont très demandées
dans le monde entier et qui sont très rentables pour
le pays. Zahi Hawas avait, à son tour, présenté le
projet aux responsables de l’ancien régime qui l’ont
complètement refusé en évoquant des raisons
sécuritaires », assure Amin.
Outre les palais présidentiels, il y a en Egypte une
panoplie de palais historiques qui ne sont pas
exploités sur le plan touristique comme le Palais de
Mohamad Ali à Choubra ou celui de Manesterli à
Manial, au Caire. Bien que ces monuments, comme
beaucoup d’autres, aient été restaurés et rénovés,
ils restent inconnus aux étrangers et des Egyptiens
eux-mêmes.
Atouts touristiques
«
Les palais historiques ont suscité ces dernières
années l’intérêt des archéologues et des
restaurateurs qui ont collaboré à la réfection de
ces chefs-d’œuvre. C’est dommage de ne pas en
profiter », souligne Magdi Sélim, directeur du
département du tourisme interne à l’Organisme de la
promotion touristique.
Il
ajoute que ces trésors architecturaux doivent
favoriser en Egypte un nouveau genre de tourisme,
celui des visites de palais. Mais aucun de ces
palais ne figure sur la carte touristique de
l’Egypte. Ce genre de visite touristique marche très
bien en Europe. « Les gouvernements accordent un
grand intérêt aux palais royaux en Europe. Ils sont
considérés comme un important atout touristique »,
affirme Wessal Alameddine, professeure d’études
touristiques à la faculté de tourisme et
d’hôtellerie de l’Université de Hélouan.
Elle ajoute que le tourisme des palais est une forme
de tourisme culturel, puisque ces palais relatent
une partie de l’histoire du pays, tout en donnant
une idée sur l’architecture et l’art d’une période
historique particulière. Elle donne l’exemple de la
Turquie, dont les programmes touristiques portent,
en grande partie, sur la visite des palais des
califes et des sultans de l’Empire ottoman, comme
celui de Topkapi qui ressemble beaucoup à celui de
Mohamad Ali à Choubra, ou celui de Delma pacha.
«
C’est un genre de tourisme très rentable, puisque le
moindre billet pour visiter ces palais coûte entre
40 et 50 dollars. La Turquie, qui reçoit plus de 25
millions de touristes par an, a fait fortune avec le
tourisme des palais », assure Alameddine. C’est la
même chose en Europe où beaucoup de palais royaux et
présidentiels figurent sur les cartes touristiques.
C’est le cas en France, en Belgique et en Autriche.
En Angleterre, non seulement le Palais de Buckingham
peut être visité pendant le mois d’août quand la
reine part en vacances au Palais de Balmoral en
Ecosse, mais également beaucoup d’autres palais
peuvent être visités au cours de l’année, comme le
Windsor où les visiteurs peuvent contempler la
couronne royale. Il en est de même pour le Hampton
Court, qui a été construit par le roi Henri VIII.
Même la Maison Blanche aux Etats-Unis ouvre ses
portes pour recevoir les visiteurs et les touristes.
L’Egypte possède un grand nombre de palais d’une
grande beauté architecturale et des trésors
historiques incomparables. Ces palais sont un atout
touristique important grâce auquel l’Egypte peut
attirer les touristes amateurs d’art, d’architecture
et d’histoire.
Dalia Farouq
LE
MONDE CULTURE ET IDEES
|
• Mis à jour le
Pilleurs
d'Egypte
Depuis la chute d'Hosni Moubarak, les vols sur
les sites archéologiques et même dans les
musées font l'objet d'intenses trafics. |
AP/Ben Curtis
Assise au bord du Nil,
Ilka Klose contemple avec sérénité le
soir qui tombe sur son chantier de fouilles
de l'île Eléphantine, au sud de l'Egypte.
Sur l'autre rive, le désert mordoré
d'Assouan déploie ses courbes qui regorgent
de sépultures inexplorées. Les felouques
s'esquivent, les ibis s'envolent, une paix
envahit le paysage. Un calme trompeur. Ilka
se blottit au fond de son fauteuil en osier
: "Quand la nuit tombe, la dune est
envahie par des chercheurs de trésor s",
commente placidement la jeune archéologue
allemande en dépliant le papier d'un
caramel.
A un millier de kilomètres de la place
Tahrir, la révolution égyptienne n'a eu
qu'un écho lointain. Les quinze jours du
soulèvement qui ont fait
trembler Le Caire n'ont pas eu raison du
gouverneur, pourtant controversé, de cette
province de Haute-Egypte.
Mais elle a réveillé les espoirs d'une foule
hétéroclite de pilleurs de tombes et de
trafiquants qui, depuis un an, se pressent
sur la "coupole des vents", une colline
rocheuse qui abrite les tombes des
dignitaires de l'Ancien Empire et des
sépultures romaines.
"Depuis la révolution, les gens
creusent comme des fous sur la rive
occidentale d'Assouan, confirme
Adel Kelany, inspecteur au Conseil
suprême des antiquités de l'Egypte (CSA).
Des trafiquants professionnels, mais
aussi de simples habitants. Ils deviennent
fous quand ils trouvent une tombe, c'est
plein de momies ! Dans le vieil Assouan, ils
creusent dans leurs maisons des tunnels de
neuf mètres de long... dans le granit. La
plupart du temps, ils ne trouvent rien,
quelques poteries, mais ça fait beaucoup de
morts (en raison d'accidents divers car il
s'agit de travaux menés par des amateurs
sans expérience) et de dégâts : en creusant
leurs tunnels, ils détruisent des
inscriptions gravées dans la pierre."
Certes, les pilleurs ont dû modérer leurs
ambitions. Dix jours après la chute d'Hosni
Moubarak, en février 2011, il était
encore possible, à Assouan, d'envisager
d'arracher
à une carrière de granit rose une statue de
Ramsès II de 160 tonnes et six mètres de
haut à coups de marteau-piqueur. A Saqqarah,
des bas-reliefs ont été découpés à la scie.
Les grands sites de Louxor et d'Assouan ont
échappé aux voleurs. Mais dans les zones
reculées, de nombreuses tombes et magasins
archéologiques ont été pillés par des
ouvriers des chantiers, notamment au nord de
l'Egypte. A Gizeh, à Saqqarah, Dachour,
Abousir,
Kafr El-Cheikh, à Beheira, dans le delta
du Nil, dans le Sinaï, à Alexandrie,
Ismaïlia, Sharqiya et Abydos, les pillages
nocturnes se sont multipliés. Ce qui fait
beaucoup...
Même les nombreux musées du Caire n'ont
pas été épargnés : "Pendant la
révolution, on vendait des bibelots et du
mobilier national venant de musées
historiques sur le trottoir pour 30 ou 40
livres (moins de 4 et 5 euros),
déplore Christian Leblanc, célèbre
archéologue français chargé du chantier du
Ramesseum, à Louxor. Heureusement, des
Egyptiens cultivés ont racheté ces biens
patrimoniaux pour les
restituer au Conseil suprême des forces
armées."
Plus d'un an après la révolution,
l'inventaire des vols et des destructions
est inachevé. Et si de nombreux chantiers
ont repris, l'Egypte est toujours confrontée
à d'importants problèmes de sécurisation des
sites. Beaucoup d'inspecteurs sont
incapables de défendre leurs magasins et de
sécuriser les zones qu'ils découvrent. Pour
tenter d'enrayer
le trafic, le Conseil
international des musées (ICOM), à
Paris, vient de
publier une "liste rouge d'urgence
des biens culturels égyptiens en péril".
Pour l'instant, seule une typologie des
objets menacés (statues, vases, objets de la
vie quotidienne) a été fixée afin que les
douaniers aient l'oeil. Mais une liste
"de 100 à 300 objets précis",
répertoriés, est en préparation, explique
Julien Anfruns, directeur de l'ICOM.
Ce dernier fait la liste de toutes ses
inquiétudes, en lien direct avec les
bouleversements liés à la révolution
égyptienne : "Il y a des vols et
pillages dans les musées mêmes, et sur les
sites, par manque de sécurité. Ensuite,
nombre de responsables démissionnent par
manque de moyens. Et il y a le manque
d'argent lié à la chute de 80 % du tourisme
depuis un an." Un exemple : sur les 15
dollars (plus de 11 euros) que coûte un visa
touristique, 2 dollars sont prélevés pour
financer les sites et les musées de
Nubie, à Assouan notamment. "Vous
imaginez la perte d'argent !",
s'inquiète Julien Anfruns.
L'un des problèmes qui menacent
aujourd'hui les sites archéologiques est la
multiplication des constructions illégales,
qui fleurissent jusqu'au pied des pyramides,
comme à Saqqarah. C'est aussi le cas à
Assouan, où, en face du cimetière fatimide,
Adel Kelany supervise tant bien que mal des
fouilles sur un terrain enclavé entre une
zone d'habitation et le garage d'un
constructeur
immobilier. Accroupi sur un gros
rocher qui émerge de la boue au milieu
des camions et des grues, il tente
laborieusement de déchiffrer des
inscriptions antiques dans le brouhaha des
véhicules qui vont et viennent.
"Après la révolution, les gens se
sont mis à
construire sans permis dans cette zone
archéologique, raconte l'inspecteur au
Conseil suprême des antiquités. Avant,
lorsque cela se produisait, on allait
chercher la
police, mais là, il n'y en a plus.
Parfois, le Conseil suprême des antiquités
nous envoie deux gardiens, mais que
voulez-vous
faire avec deux gardiens ? On a même
tenté de nous
voler les pierres du muret de protection
du site ! Et encore, nous ne sommes pas les
plus embêtés : dans le chantier d'à côté, un
type armé vient toutes les deux heures
menacer la mission et
vendre des morceaux du terrain de
fouilles qui ne lui appartient pas. L'an
dernier, j'ai demandé que toute la ville
d'Assouan soit protégée comme zone
archéologique. J'attends la décision. Mais
pour le gouvernement, l'exploitation des
carrières de granit rapporte beaucoup
plus d'argent que les fouilles que nous y
menons."
Agents immobiliers improvisés, promoteurs
avides, agriculteurs, mal-logés, commerçants
: une cohorte encombrante est venue
compliquer le travail des archéologues
et leurs rapports avec la population. Les
spécialistes s'accordent à
voir dans ces actes le manque de
conscience de certains Egyptiens vis-à-vis
du patrimoine archéologique. "Il n'y a
pas eu que des vols, précise
Christian Leblanc. Mais aussi
beaucoup de saccages et d'actes de
vandalisme." Au Musée du Caire, 70
objets ont été endommagés ou détruits. A
Tell el-Maskhuta, près d'Ismaïlia, la tombe
de Ken-Amun (XIXe dynastie) a été
détruite, comme celle d'Impy, sur le plateau
de Gizeh. A l'inverse, de nombreux sites,
tel le
Ramesseum de Louxor, ont été protégés
par la population et les autorités locales.
Pour
comprendre le rapport ambigu
qu'entretiennent les Egyptiens avec leur
patrimoine et avec les archéologues,
certains n'hésitent pas à
mettre en cause la
politique culturelle du régime Moubarak.
"Au cours des deux décennies qui ont
précédé la révolution, les monuments de
l'Egypte ancienne ont été transformés en
marchandises pour
attirer les devises des touristes du
monde entier. Ce processus a donné à
beaucoup d'Egyptiens le sentiment que leur
héritage n'était pas à eux et explique,
selon moi, en grande partie ce vandalisme",
estime Megan Rowland, diplômée en
philosophie de l'archéologie
à l'université de Cambridge, en Angleterre.
L'arrivée, en 2002, du célèbre et
controversé
Zahi Hawass - il était parfois surnommé
Indiana Jones - à la tête du Conseil
suprême des antiquités de l'Egypte a
favorisé l'idée d'une réappropriation par
les Egyptiens de leur patrimoine, au
détriment parfois de missions étrangères,
mais sans pour autant
impliquer et intéresser les riverains à
la gestion des sites archéologiques. Outre
une série de demandes fracassantes de
restitution d'oeuvres, adressées notamment à
la
France et à l'Allemagne,
Zahi Hawass a certes fait
passer en février 2010 une loi annulant
le quota de 10 % de biens que les missions
étrangères avaient l'habitude de prélever
sur leurs découvertes. Mais sa gestion
opaque et autoritaire a surtout eu pour but
de
lever des fonds internationaux au prix
d'opérations spectacles qui ont accentué le
malentendu avec les populations locales.
"Zahi Hawass incarnait cette idée que
les Egyptiens contrôlent leur patrimoine,
explique
Mohamed El-Shahed, doctorant à
l'université de
New York et spécialiste de
l'architecture égyptienne. Mais ce
contrôle s'est traduit par une politique
sécuritaire, qui a abouti en réalité à
écarter la population des antiquités au
profit des touristes." Du nord au sud,
les riverains des sites archéologiques
gardent un
souvenir amer de l'agressivité et de la
mégalomanie de Zahi Hawass. Ce dernier a,
par exemple, chassé les chameliers de Gizeh,
accusés selon lui de "transformer les
pyramides en zoo". Sur la colline de
Gournah, à Louxor, l'expulsion en 2005 de 20
000 habitants et la destruction de leurs
maisons ancestrales au motif qu'elles
étaient construites sur des tombes a
traumatisé la population, dont une partie a
tenté de se réinstaller sur le site après la
révolution.
Entre 2009 et 2010, les autorités ont
aussi fait
construire un mur autour de la zone
archéologique de Malqatta, à Louxor, pour
repousser les cultivateurs qui
grignotaient progressivement le site du
palais d'Aménophis III. Sans scrupule, ils
ont emmuré le village et sa palmeraie qui
étaient depuis des siècles intimement mêlés
aux ruines et donnaient au lieu un cachet
unique. "Au départ, le projet était de
construire de simples petits murets en
pierre avec une rambarde métallique,
raconte Christian Leblanc, et cela s'est
transformé en un mur en béton de deux à
trois mètres de haut ; une monstruosité qui
enlaidit un paysage exceptionnel, supprime
un magnifique panorama et a coûté une
fortune."
Un an après la révolution, les Egyptiens
n'en finissent pas de découvrir les dégâts
causés par la gestion de l'ancien régime. En
mai 2011, la directrice du département
d'archéologie de l'université du Caire,
Azza Farouq, est tombée nez à nez avec 3
000 pièces, non enregistrées, dissimulées
dans les toilettes du musée de la faculté :
"Elles étaient là depuis les années
1980. Le directeur du musée n'était pas au
courant, il m'a dit que c'étaient des pièces
sans intérêt. Après vérification, il s'est
avéré qu'elles étaient de grande valeur."
Mais les ruines et les antiquités ne sont
pas les seules victimes des bouleversements
qui agitent le pays. Dans une Egypte en
pleine révolution culturelle, une nouvelle
génération d'archéologues, d'activistes et
d'intellectuels critique les "barbons" du
Conseil suprême des antiquités, et cherche à
se réapproprier un patrimoine qui alimente
depuis des siècles les fantasmes du
pouvoir et l'intérêt des puissances
étrangères.
Attablés à un café du Caire,
Ahmed Abd El-Halim et
Ahmed Sharaawy jubilent. La révolution
est pour eux une occasion inespérée de
prendre leur revanche. Trois jours
seulement après la chute de Moubarak, ils
ont fondé la Coalition des archéologues
libres, afin de dénoncer la corruption du
Conseil suprême des antiquités en Egypte, la
discrimination dont ils estiment
avoir été victimes depuis des années, et
l'inégalité de leurs conditions de travail
en comparaison avec les archéologues
étrangers. "Depuis dix ans, le régime a
éloigné les archéologues égyptiens des
sites. En sortant de la fac, on n'avait
aucune occasion de
travailler sur le terrain. La plupart
d'entre nous finissaient gratte-papier dans
un bureau ou dans la sécurité, sans contact
avec l'archéologie. Et encore, même ces
postes-là, il fallait les
acheter ou
trouver un piston. Le CSA était gangrené
par la corruption. La plupart des
fonctionnaires ont acheté leur poste et
pistonné leurs proches. Depuis 1999, ils
n'ont pas embauché un seul archéologue
égyptien, seuls ceux qui étaient proches de
Zahi Hawass s'en sont sortis. Et quand on
nous offrait un poste d'inspecteur, c'était
un contrat précaire payé une misère : 500
livres mensuelles (63 euros)."
Au lendemain de la révolution, le Conseil
suprême a été assailli de réclamations par
des employés demandant des embauches, des
contrats permanents et une revalorisation
des salaires. Près de 20 000 inspecteurs ont
réclamé leur titularisation. Face à
l'ampleur de la mobilisation, l'institution
à la direction vieillissante a été
confrontée à une crise administrative et
financière sans précédent. Les quatre
directeurs qui se sont succédé depuis le
départ de Zahi Hawass, en juin 2011, ne sont
pas parvenus à
limiter l'endettement de la maison.
D'autant que le pays vit durement la chute
des revenus du tourisme. Contraint d'emprunter,
le CSA devrait plus de 1 milliard de livres
au gouvernement pour
payer les salaires de ses effectifs
pléthoriques. Sur ses 50 000 employés,
beaucoup n'ont pas d'attribution.
De quoi
refroidir les ambitions des jeunes
archéologues égyptiens, peu armés face au
savoir de leurs collègues étrangers.
"Il y a un gros problème de formation,
estime Khaled El-Enany, professeur à
l'université d'Helwan (dans la banlieue du
Caire) et chercheur à l'Institut français
d'archéologie orientale (IFAO). Pour un
Egyptien,
faire une thèse en archéologie est très
difficile pour des raisons économiques. Et
toutes les sources sont en langue étrangère.
Plus de neuf articles sur dix sont en
anglais ou en allemand. Les Egyptiens
doivent
prendre des cours de "français
archéologique" pour être au niveau ! Mais le
problème central, c'est qu'il n'existe pas
en Egypte d'institut de recherche en
égyptologie, comme le CNRS en France. Le
statut de "chercheur en égyptologie"
n'existe pas. Au mieux, vous pouvez vous
retrouver professeur, inspecteur ou
photographe de chantier. Mais on ne peut pas
comparer le niveau d'un chercheur à
plein temps avec celui d'un enseignant qui
donne quinze heures de cours par semaine. Ce
qu'il faut, c'est créer un institut où les
égyptologues égyptiens et étrangers puissent
travailler ensemble. Pour
contrer le discours méprisant de
certains collègues occidentaux, il faut
donner plus de moyens et de formations
aux chercheurs égyptiens."
Les conséquences humiliantes de cette
situation sont connues : sur les 63 tombes
découvertes dans la vallée des Rois, aucune
n'a été exhumée par une équipe égyptienne.
La dernière en date, en janvier, a été mise
au jour par une équipe
suisse. Sensible à cette injustice et
troublé par l'incapacité des instituteurs à
répondre aux questions des écoliers qui
étaient en visite sur son chantier du
Ramesseum, Christian Leblanc, en
collaboration avec des égyptologues
égyptiens, publie une collection complète de
plaquettes éducatives distribuées aux
enfants. En poste depuis quarante ans, ce
Français attend avec impatience la fin de la
période de transition politique. Le premier
gouvernement issu des rangs du Parlement
sera-t-il favorable aux missions étrangères
? Restera-t-il ouvert aux collaborations
internationales ou adoptera-t-il une
approche nationaliste de la gestion du
patrimoine ? "Certes, Zahi Hawass allait
à l'encontre des relents néocolonialistes de
certains archéologues étrangers, estime
Christian Leblanc. Son mot d'ordre,
c'était : l'Egypte aux Egyptiens. S'il n'y a
rien à
redire sur ce point, il n'a pas pris
conscience, en revanche, que beaucoup de
missions étrangères font un énorme travail
de conservation et de valorisation, sans
compter la part consacrée à la
formation. Au Ramesseum, nous employons 180
ouvriers sur 10 hectares de fouilles et
participons, depuis des années, à
l'encadrement de jeunes chercheurs
égyptiens. Le discours de Zahi Hawass était
complètement décalé par rapport à la
réalité. Le patrimoine égyptien n'est pas
seulement national : il appartient à
l'histoire de l'humanité. Mais je suis
confiant : les jeunes qui viendront après
lui seront plus modérés si nous avons la
volonté d'insuffler
un véritable partenariat prenant en compte
leurs besoins."
Aujourd'hui, une menace islamiste sur le
patrimoine archéologique est largement
balayée. Les déclarations du cheikh salafi
Abdel Moneim Al-Shehat, qui a prétendu
recouvrir de cire ou de draps les
statues antiques, ont été désavouées par son
propre parti (Al-Nour). Tout au plus les
salafistes se bornent-ils à
souligner que les ruines ne sont pas une
priorité. "Le fait que les gens votent
islamiste dans les zones touristiques prouve
que les islamistes ne sont pas perçus comme
une menace pour les antiquités",
affirme, confiant, Ahmed Abd El-Halim, l'un
des fondateurs des Archéologues égyptiens
libres. Partout en Egypte, l'ardeur avec
laquelle les jeunes révolutionnaires
s'emparent de la référence pharaonique est
sans précédent dans l'histoire du pays. Elle
résonne d'un espoir dont le souffle créatif
témoigne d'une attention renouvelée au
patrimoine. Les figures de pharaon, les
monuments comme l'obélisque sont détournés à
des fins critiques contre le régime
militaire. A l'occasion du premier
anniversaire de la révolution, le 25
janvier, les révolutionnaires ont présenté,
place Tahrir, un obélisque en bois de 40
mètres de haut décoré du nom des martyrs
assassinés par l'armée depuis le début du
soulèvement.
Face aux figures antiques valorisées par
l'ancien régime depuis Nasser, comme le roi
Ménès, artisan de l'unification du royaume
trois millénaires avant l'ère chrétienne,
c'est désormais celle de Maât, déesse de
l'harmonie sociale et politique, qui est
présentée comme présidant aux destinées de
la révolution.
Claire Talon
Publié
le 21/03/12 Par Elodie D.
Toutankhamon, son Tombeau
et ses trésors au Parc des Expositions
de Paris
L'exposition
internationale Toutankhamon,
son Tombeau et ses Trésors
s'installe enfin à Paris du
12 Mai au 1er Septembre
2012. A cette occasion, le
Pavillon 8 de la Porte de
Versailles abritera une
reconstitution grandeur
nature des trésors retrouvés
dans le tombeau du célèbre
pharaon... Un événement
mondial à ne rater sous
aucun prétexte !
Toutankhamon, son Tombeau et
ses Trésors est l'une
des expositions les plus
impressionnante de notre
génération : du 12 Mai au
1er Septembre 2012, c'est à
la Porte de
Versailles que tout
A lieu...
Pour cet événement, plus de
4500m2 seront consacrés à
Toutankhamon,
l'un des derniers pharaon
dont la malédiction est
aussi connue que son Masque
funéraire en Or ! Aussi, la
scénographie exceptionnelle
est à noter car l'exposition
nous plonge à l'époque de la
découverte du tombeau par
Howard Carter
en 1922.
A travers cette exposition,
nous découvrons les
joyaux de Toutankhamon,
ceux qu'il choisit de
conserver dans l'au-delà :
près de 3millénaires plus
tard, ces pièces uniques
permettent de mieux
identifier ce que pouvait
être la vie en
Egypte antique.
Ainsi, l'exposition se
consacre à présenter de
manière fidèle trois
chambres funéraires, grâce à
la reconstitution de plus de
1000 objets
trop précieux pour être
transportés hors Egypte :
son char doré, le tombeau de
ses enfants son trône ainsi
que son masque funéraire
trôneront à côté de la
reconstitution de son
tombeau, entièrement
présenté pour l'occasion !
L'exposition consacrée à
Toutankhamon, dit-on, offre
des sensations
exceptionnelles, les mêmes
sensations que Carter a
ressenti en découvrant le
lieu " les détails de la
pièce émergèrent lentement
de la pénombre : des animaux
étranges, des statues et de
l'or – partout le
scintillement de l'or "...
Une
statue en bois, une
chapelle d'offrandes
et des momies
d'animaux
découvertes à Abydos
Une statue de roi en
bois, une chapelle à
offrandes privée, un
bâtiment monumental
et des reste de plus
de 80 momies
d'animaux ont été
trouvés en
juin-juillet 2011
par une équipe
dirigée par
l'Université de
Toronto à Abydos, en
Egypte. Ces
découvertes révèlent
des informations
étonnantes sur
l'activité rituelle
associée aux grands
dieux.
Le Professeur
Mary-Ann
Pouls Wegner
du Département des
Civilisations du
Proche et
Moyen-Orient a
présenté les
résultats de son
équipe lors d'une
réunion récente de
la Société pour
l'Etude des
Antiquités
égyptiennes. La
statue est l'une des
très rares statues
royales en bois
existantes; elle
pourrait représenter
la reine
Hatchepsout.
Celle-ci a souvent
été sculptée dans la
pierre en tant
qu'homme car le
pharaon égyptien
était censé être le
fils du dieu
Amon-Rê.
Mais cette statue
qui a une petite
taille et une
mâchoire délicate,
dénote un aspect
féminin. Elle a dû
servir à une
procession
cérémonielle au
cours de laquelle
les statues en bois
des ancêtres royaux
(les esprits des
rois) et des dieux
étaient menés
dans des naos
naviformes par des
prêtres du temple
d'Osiris vers son
tombeau.
La procession
faisait partie d'un
festival célébrant
la vie après la mort
du dieu Osiris. Les
égyptiens, à tous
les niveaux de la
société,
construisaient des
chapelles et des
monuments le long de
la voie
processionnelle;
c'était un moyen
d'assurer leur
participation
éternelle au
festival et de
s'identifier avec
Osiris. Il était
cependant interdit
de construire trop
près de la route et
les contrevenants se
voyaient menacés de
la peine de mort.
La chapelle
d'offrandes mise au
jour par l'équipe
serait celle d'une
personne de l'élite;
elle date du Moyen
Empire et se trouve
à la limite de
l'endroit où passait
la route. "La
chapelle d'offrandes
prouve que les gens,
sans doute ceux de
l'élite, étaient en
mesure de construire
des monuments juste
à côté de la voie
processionnelle sous
le Moyen Empire; et,
qu'au moins une de
ces chapelle a été
épargnée dans cette
agglomération de
plus en plus
densément peuplée;
elle a même continué
à recevoir des
offrandes jusqu'à
800 ans après sa
construction
initiale"
explique Pouls
Wegner.
Une structure
beaucoup plus grande
a également été
découverte: ce
pourrait être un
temple ou une
chapelle royale de
l'époque ramesside.
Longtemps après sa
construction
initiale, la
structure a été
réutilisée comme
dépôt pour des
momies d'animaux.
Les chercheurs y ont
constaté une masse
d'ossements
d'animaux et de
fragments de lin.
Deux chats, trois
moutons ou chèvres,
et au
moins quatre-vingt
trois chiens, chiots
et adultes, ont été
découverts.
Plusieurs de ces
animaux avaient été
guéris de leurs
blessures, ce qui
suggère qu'ils
avaient été soignés
avant d'être
sacrifiés, sans
doute pour le dieu
Oupouaout, qui était
une divinité
importante dans le
festival d'Osiris en
tant que leader de
la procession et
protecteur de la
nécropole.
A Arab al Manasra,
au nord de Louqsor,
dix personnes ont
été enterrées
vivantes sous le sol
d'une maison qu'ils
étaient en train de
creuser
illégalement. Les
secours, appelés
pour tenter de
retrouver les corps,
ont également
signalé deux
blessés. Le désir de
se procurer de
l'argent facilement
incite un grand
nombre de personnes
à pratiquer des
fouilles illégales
dans des lieux
archéologiquement
riches, comme
Louqsor, Assouan,
Saqqara...
Le pillage massif de
sites archéologiques
en Egypte continue
alors que les forces
de sécurité ferment
les yeux. Après la
révolution, des
artefacts sans prix
ont été volés au
Musée du Caire aussi
bien que dans
d'innombrables
entrepôts dispersés
dans tout le pays.
Aujourd'hui le
pillage incessant de
sites archéologiques
importants, rend la
situation d'autant
plus critique que
ces sites sont
souvent éloignés et
protégés par des
gardes mal payés qui
semblent incapables
ou peu disposés à
interrompre ces
malversations.
Dr Carol
Redmount
C'est le cas du site
d'El-Hibeh, sur la
rive est du Nil,
dans une zone
particulièrement
pauvre, à trois
heures de route au
sud du Caire. Ce
site archéologique
occupe environ deux
kilomètres carrés,
inclut des
nécropoles et les
ruines d'une ville
fortifiée renfermant
un temple en
calcaire, des
bâtiments
économiques, des
maisons et peut-être
un fort et une
résidence de
gouverneur. Les
vestiges datent de
la période
pharaonique tardive,
ainsi que des
périodes
gréco-romaine, copte
et islamique, soit
d'environ le XIe
siècle av. JC
jusqu'au VIIIe
siècle de notre ère.
El Hibeh a une
importance
particulière car
c'est l'une des
rares villes
relativement
intactes qui restent
en Egypte, et parce
qu'elle possède de
nombreux témoignages
de la Troisième
Période
Intermédiaire, une
époque
particulièrement peu
connue
archéologiquement.
Le Dr Carol
Redmount,
archéologue de
l'Université de
Berkeley est
arrivée en
Egypte en
février pour
reprendre son
travail sur le
site, après
avoir obtenu son
permis du
Conseil suprême
des Antiquités
qui contrôle
toutes les
fouilles dans le
pays.
Vingt-quatre
heures avant son
départ vers
l'Egypte, son
permis a été
annulé par la
police
provinciale,
sans aucune
explication. Des
enquêtes ont
permis de
révéler qu'un
gang semblable à
la mafia, mené
par un criminel
reconnu
coupable, pille
impitoyablement
le site depuis
au moins le mois
de juin 2011. Le
Conseil suprême
des Antiquités a
été incapable de
mettre fin à ce
pillage, malgré
des appels
répétés de la
police locale.
Les voleurs
opèrent aux yeux
de tous et sans
discontinuer.
Carol Redmount
n'a été
autorisée ni à
visiter le site
ni à reprendre
son travail.
« El-Hibeh est un
site extrêmement
important pour la
compréhension de la
Troisième Période
Intermédiaire, une
période
particulièrement
confuse de
l'histoire, pour
laquelle les
ressources
archéologiques sont
très limitées. Si
l'archéologie
constitue une
destruction
contrôlée, le
pillage est une
simple destruction.
Il fait disparaître
une ressource
culturelle
irremplaçable, non
renouvelable, qui
appartient à
l'humanité » dit
le Dr Redmount. Son
équipe de six
chercheurs est
actuellement
empêchée de
poursuivre son
travail pour lequel
elle avait reçu le
permis des autorités
égyptiennes. Cela
lui coûte des
dizaines de milliers
de dollars de
subventions perdues.
« Notre
préoccupation
principale est bien
sûr la perte
inestimable de
précieuses
découvertes
archéologiques. A
l'heure où nous
parlons, nous sommes
en train de perdre
ce site... »
ajoute le Dr
Redmount
Une évaluation des
dégâts sur le site a
été faite par des
visiteurs qui ont
envoyé quelques
photos à Carol
Redmount, y compris
des images de
pillage en cours.
Peut-on y faire
quelque chose ? Qui
ne risque rien n'a
rien...Le Dr
Redmount nous incite
à réagir:
What you
can do:
To help,
please contact your
local Egyptian
consulate and your
national Egyptian
Embassy's cultural
and educational
affairs office to
request protection
for Egypt's
archaeological
sites.
Please
also contact the
Minister of
Antiquities and
the Secretary
General of the
Supreme Council
of Antiquities
in Cairo whose
details can be
found at this
location:
http://www.sca-egypt.org/eng/sca_contact.htm
De
vastes opérations de pillage
menacent le patrimoine égyptien
Je
reproduis ici
l'article de
Claire Talon
paru dans "Le
Monde" du 11
mars 2012. La
journaliste fait
le point sur le
pillage et le
vandalisme qui
sévissent à
travers le pays:
A un millier de
kilomètres de la
place Tahrir, la
révolution
égyptienne n'a
eu qu'un écho
lointain. Les
quinze jours du
soulèvement qui
ont fait
trembler Le
Caire n'ont pas
eu raison du
gouverneur,
pourtant
controversé, de
cette province
de Haute-Egypte.
Mais elle a
réveillé les
espoirs d'une
foule
hétéroclite de
pilleurs de
tombes et de
trafiquants qui,
depuis un an, se
pressent sur la
"coupole des
vents", une
colline rocheuse
qui abrite les
tombes des
dignitaires de
l'Ancien Empire
et des
sépultures
romaines.
"Depuis la
révolution, les gens
creusent comme des
fous sur la rive
occidentale
d'Assouan,
confirme Adel Kelany,
inspecteur au
Conseil suprême des
antiquités de
l'Egypte (CSA).
Des trafiquants
professionnels, mais
aussi de simples
habitants. Ils
deviennent fous
quand ils trouvent
une tombe, c'est
plein de momies !
Dans le vieil
Assouan, ils
creusent dans leurs
maisons des tunnels
de neuf mètres de
long... dans le
granit. La plupart
du temps, ils ne
trouvent rien,
quelques poteries,
mais ça fait
beaucoup de morts
(en raison
d'accidents divers
car il s'agit de
travaux menés par
des amateurs sans
expérience) et de
dégâts : en creusant
leurs tunnels, ils
détruisent des
inscriptions gravées
dans la pierre."
Certes, les pilleurs
ont dû modérer leurs
ambitions. Dix jours
après la chute
d'Hosni Moubarak, en
février 2011, il
était encore
possible, à Assouan,
d'envisager
d'arracher à une
carrière de granit
rose une statue de
Ramsès II de 160
tonnes et six mètres
de haut à coups de
marteau-piqueur. A
Saqqarah, des
bas-reliefs ont été
découpés à la scie.
Les grands sites de
Louxor et d'Assouan
ont échappé aux
voleurs. Mais dans
les zones reculées,
de nombreuses tombes
et magasins
archéologiques ont
été pillés par des
ouvriers des
chantiers, notamment
au nord de l'Egypte.
A Gizeh, à Saqqarah,
Dahchour, Abousir,
Kafr El-Cheikh, à
Beheira, dans le
delta du Nil, dans
le Sinaï, à
Alexandrie,
Ismaïlia, Sharqiya
et Abydos, les
pillages nocturnes
se sont multipliés.
Ce qui fait
beaucoup...
Même les nombreux
musées du Caire
n'ont pas été
épargnés :
"Pendant la
révolution, on
vendait des bibelots
et du mobilier
national venant de
musées historiques
sur le trottoir pour
30 ou 40 livres
(moins de 4 et 5
euros), déplore
Christian Leblanc,
célèbre archéologue
français chargé du
chantier du
Ramesseum, à Louxor.
Heureusement,
des Egyptiens
cultivés ont racheté
ces biens
patrimoniaux pour
les
restituer au
Conseil suprême des
forces armées."
Plus d'un an après
la révolution,
l'inventaire des
vols et des
destructions est
inachevé. Et si de
nombreux chantiers
ont repris, l'Egypte
est toujours
confrontée à
d'importants
problèmes de
sécurisation des
sites. Beaucoup
d'inspecteurs sont
incapables de
défendre leurs
magasins et de
sécuriser les zones
qu'ils découvrent.
Pour tenter
d'enrayer le trafic,
le Conseil
international des
musées (ICOM), à
Paris, vient de
publier une
"liste rouge
d'urgence des biens
culturels égyptiens
en péril". Pour
l'instant, seule une
typologie des objets
menacés (statues,
vases, objets de la
vie quotidienne) a
été fixée afin que
les douaniers aient
l'œil. Mais une
liste "de 100 à
300 objets précis",
répertoriés, est
en préparation,
explique Julien
Anfruns,
directeur de l'ICOM.
Ce dernier fait la
liste de toutes ses
inquiétudes, en lien
direct avec les
bouleversements liés
à la révolution
égyptienne : "Il
y a des vols et
pillages dans les
musées mêmes, et sur
les sites, par
manque de sécurité.
Ensuite, nombre de
responsables
démissionnent par
manque de moyens. Et
il y a le manque
d'argent lié à la
chute de 80 % du
tourisme depuis un
an." Un exemple
: sur les 15 dollars
(plus de 11 euros)
que coûte un visa
touristique, 2
dollars sont
prélevés pour
financer les sites
et les musées de
Nubie, à Assouan
notamment. "Vous
imaginez la perte
d'argent !",
s'inquiète Julien
Anfruns.
L'un des problèmes
qui menacent
aujourd'hui les
sites archéologiques
est la
multiplication des
constructions
illégales, qui
fleurissent jusqu'au
pied des pyramides,
comme à Saqqarah.
C'est aussi le cas à
Assouan, où, en face
du cimetière
fatimide, Adel
Kelany supervise
tant bien que mal
des fouilles sur un
terrain enclavé
entre une zone
d'habitation et le
garage d'un
constructeur
immobilier. Accroupi
sur un gros rocher
qui émerge de la
boue au milieu des
camions et des
grues, il tente
laborieusement de
déchiffrer des
inscriptions
antiques dans le
brouhaha des
véhicules qui vont
et viennent.
"Après la
révolution, les gens
se sont mis àconstruire sans
permis dans cette
zone archéologique,
raconte l'inspecteur
au Conseil suprême
des antiquités.
Avant, lorsque cela
se produisait, on
allait
chercher la police,
mais là, il n'y en a
plus. Parfois, le
Conseil suprême des
antiquités nous
envoie deux
gardiens, mais que
voulez-vous faire
avec deux gardiens ?
On a même tenté de
nous voler les
pierres du muret de
protection du site !
Et encore, nous ne
sommes pas les plus
embêtés : dans le
chantier d'à côté,
un type armé vient
toutes les deux
heures menacer la
mission et vendre
des morceaux du
terrain de fouilles
qui ne lui
appartient pas. L'an
dernier, j'ai
demandé que toute la
ville d'Assouan soit
protégée comme zone
archéologique.
J'attends la
décision. Mais pour
le gouvernement,
l'exploitation des
carrières de granit
rapporte beaucoup
plus d'argent que
les fouilles que
nous y menons."
Agents immobiliers
improvisés,
promoteurs avides,
agriculteurs,
mal-logés,
commerçants : une
cohorte encombrante
est venue compliquer
le travail des
archéologues et
leurs rapports avec
la population. Les
spécialistes
s'accordent à voir
dans ces actes le
manque de conscience
de certains
Egyptiens vis-à-vis
du patrimoine
archéologique.
"Il n'y a pas eu que
des vols,
précise Christian
Leblanc. Mais
aussi beaucoup de
saccages et d'actes
de vandalisme."
Au Musée du Caire,
70 objets ont été
endommagés ou
détruits. A Tell el-Maskhuta,
près d'Ismaïlia, la
tombe de Ken-Amun
(XIXe dynastie) a
été détruite, comme
celle d'Impy, sur le
plateau de Gizeh. A
l'inverse, de
nombreux sites, tel
le Ramesseum de
Louxor, ont été
protégés par la
population et les
autorités locales.
Pour comprendre le
rapport ambigu
qu'entretiennent les
Egyptiens avec leur
patrimoine et avec
les archéologues,
certains n'hésitent
pas à mettre en
cause la politique
culturelle du régime
Moubarak. "Au
cours des deux
décennies qui ont
précédé la
révolution, les
monuments de
l'Egypte ancienne
ont été transformés
en marchandises pourattirer les
devises des
touristes du monde
entier. Ce processus
a donné à beaucoup
d'Egyptiens le
sentiment que leur
héritage n'était pas
à eux et explique,
selon moi, en grande
partie ce
vandalisme",
estime Megan
Rowland, diplômée en
philosophie de
l'archéologie à
l'université de
Cambridge, en
Angleterre.
L'arrivée, en 2002,
du célèbre et
controversé Zahi
Hawass - il était
parfois surnommé
Indiana Jones - à la
tête du Conseil
suprême des
antiquités de
l'Egypte a favorisé
l'idée d'une
réappropriation par
les Egyptiens de
leur patrimoine, au
détriment parfois de
missions étrangères,
mais sans pour
autant impliquer et
intéresser les
riverains à la
gestion des sites
archéologiques.
Outre une série de
demandes
fracassantes de
restitution
d'œuvres, adressées
notamment à la
France et à
l'Allemagne, Zahi
Hawass a certes fait
passer en février
2010 une loi
annulant le quota de
10 % de biens que
les missions
étrangères avaient
l'habitude de
prélever sur leurs
découvertes. Mais sa
gestion opaque et
autoritaire a
surtout eu pour but
de lever des fonds
internationaux au
prix d'opérations
spectacles qui ont
accentué le
malentendu avec les
populations locales.
"Zahi Hawass
incarnait cette idée
que les Egyptiens
contrôlent leur
patrimoine,
explique Mohamed El-Shahed,
doctorant à
l'université de New
York et spécialiste
de l'architecture
égyptienne. Mais
ce contrôle s'est
traduit par une
politique
sécuritaire, qui a
abouti en réalité àécarter la
population des
antiquités au profit
des touristes."
Du nord au sud, les
riverains des sites
archéologiques
gardent un souvenir
amer de
l'agressivité et de
la mégalomanie de
Zahi Hawass. Ce
dernier a, par
exemple, chassé les
chameliers de Gizeh,
accusés selon lui de
"transformer les
pyramides en zoo".
Sur la colline de
Gournah, à Louxor,
l'expulsion en 2005
de 20 000 habitants
et la destruction de
leurs maisons
ancestrales au motif
qu'elles étaient
construites sur des
tombes a traumatisé
la population, dont
une partie a tenté
de se réinstaller
sur le site après la
révolution.
Entre 2009 et 2010,
les autorités ont
aussi fait
construire un mur
autour de la zone
archéologique de
Malqatta, à Louxor,
pour repousser les
cultivateurs qui
grignotaient
progressivement le
site du palais
d'Aménophis III.
Sans scrupule, ils
ont emmuré le
village et sa
palmeraie qui
étaient depuis des
siècles intimement
mêlés aux ruines et
donnaient au lieu un
cachet unique.
"Au départ, le
projet était deconstruire de
simples petits
murets en pierre
avec une rambarde
métallique,
raconte Christian
Leblanc, et cela
s'est transformé en
un mur en béton de
deux à trois mètres
de haut ; une
monstruosité qui
enlaidit un paysage
exceptionnel,
supprime un
magnifique panorama
et a coûté une
fortune."
Un an après la
révolution, les
Egyptiens n'en
finissent pas de
découvrir les dégâts
causés par la
gestion de l'ancien
régime. En mai 2011,
la directrice du
département
d'archéologie de
l'université du
Caire, Azza Farouq,
est tombée nez à nez
avec 3 000 pièces,
non enregistrées,
dissimulées dans les
toilettes du musée
de la faculté :
"Elles étaient là
depuis les années
1980. Le directeur
du musée n'était pas
au courant, il m'a
dit que c'étaient
des pièces sans
intérêt. Après
vérification, il
s'est avéré qu'elles
étaient de grande
valeur." Mais
les ruines et les
antiquités ne sont
pas les seules
victimes des
bouleversements qui
agitent le pays.
Dans une Egypte en
pleine révolution
culturelle, une
nouvelle génération
d'archéologues,
d'activistes et
d'intellectuels
critique les
"barbons" du Conseil
suprême des
antiquités, et
cherche à se
réapproprier un
patrimoine qui
alimente depuis des
siècles les
fantasmes du pouvoir
et l'intérêt des
puissances
étrangères.
Attablés à un café
du Caire, Ahmed Abd
El-Halim et Ahmed
Sharaawy jubilent.
La révolution est
pour eux une
occasion inespérée
de prendre leur
revanche. Trois
jours seulement
après la chute de
Moubarak, ils ont
fondé la Coalition
des archéologues
libres, afin de
dénoncer la
corruption du
Conseil suprême des
antiquités en
Egypte, la
discrimination dont
ils estiment avoir
été victimes depuis
des années, et
l'inégalité de leurs
conditions de
travail en
comparaison avec les
archéologues
étrangers.
"Depuis dix ans, le
régime a éloigné les
archéologues
égyptiens des sites.
En sortant de la
fac, on n'avait
aucune occasion detravailler sur
le terrain. La
plupart d'entre nous
finissaient
gratte-papier dans
un bureau ou dans la
sécurité, sans
contact avec
l'archéologie. Et
encore, même ces
postes-là, il
fallait les
acheter ou
trouver un piston.
Le CSA était
gangrené par la
corruption. La
plupart des
fonctionnaires ont
acheté leur poste et
pistonné leurs
proches. Depuis
1999, ils n'ont pas
embauché un seul
archéologue
égyptien, seuls ceux
qui étaient proches
de Zahi Hawass s'en
sont sortis. Et
quand on nous
offrait un poste
d'inspecteur,
c'était un contrat
précaire payé une
misère : 500 livres
mensuelles (63
euros)."
Au lendemain de la
révolution, le
Conseil suprême a
été assailli de
réclamations par des
employés demandant
des embauches, des
contrats permanents
et une
revalorisation des
salaires. Près de 20
000 inspecteurs ont
réclamé leur
titularisation. Face
à l'ampleur de la
mobilisation,
l'institution à la
direction
vieillissante a été
confrontée à une
crise administrative
et financière sans
précédent. Les
quatre directeurs
qui se sont succédé
depuis le départ de
Zahi Hawass, en juin
2011, ne sont pas
parvenus à limiter
l'endettement de la
maison. D'autant que
le pays vit durement
la chute des revenus
du tourisme.
Contraint
d'emprunter, le CSA
devrait plus de 1
milliard de livres
au gouvernement pour
payer les salaires
de ses effectifs
pléthoriques. Sur
ses 50 000 employés,
beaucoup n'ont pas
d'attribution.
De quoi refroidir
les ambitions des
jeunes archéologues
égyptiens, peu armés
face au savoir de
leurs collègues
étrangers. "Il y
a un gros problème
de formation,
estime Khaled El-Enany,
professeur à
l'université d'Helwan
(dans la banlieue du
Caire) et chercheur
à l'Institut
français
d'archéologie
orientale (IFAO).
Pour un Egyptien,
faire une thèse
en archéologie
est très difficile
pour des raisons
économiques. Et
toutes les sources
sont en langue
étrangère. Plus de
neuf articles sur
dix sont en anglais
ou en allemand. Les
Egyptiens doiventprendre des
cours de "français
archéologique" pourêtre au niveau !
Mais le problème
central, c'est qu'il
n'existe pas en
Egypte d'institut de
recherche en
égyptologie, comme
le CNRS en France.
Le statut de
"chercheur en
égyptologie"
n'existe pas. Au
mieux, vous pouvez
vous
retrouver
professeur,
inspecteur ou
photographe de
chantier. Mais on ne
peut pas
comparer le niveau
d'un chercheur à
plein temps avec
celui d'un
enseignant qui donne
quinze heures de
cours par semaine.
Ce qu'il faut, c'estcréer un
institut où les
égyptologues
égyptiens et
étrangers puissenttravailler
ensemble. Pourcontrer le
discours méprisant
de certains
collègues
occidentaux, il fautdonner plus de
moyens et de
formations aux
chercheurs
égyptiens."
Les conséquences
humiliantes de cette
situation sont
connues : sur les 63
tombes découvertes
dans la vallée des
Rois, aucune n'a été
exhumée par une
équipe égyptienne.
La dernière en date,
en janvier, a été
mise au jour par une
équipe suisse.
Sensible à cette
injustice et troublé
par l'incapacité des
instituteurs à
répondre aux
questions des
écoliers qui étaient
en visite sur son
chantier du
Ramesseum, Christian
Leblanc, en
collaboration avec
des égyptologues
égyptiens, publie
une collection
complète de
plaquettes
éducatives
distribuées aux
enfants. En poste
depuis quarante ans,
ce Français attend
avec impatience la
fin de la période de
transition
politique. Le
premier gouvernement
issu des rangs du
Parlement sera-t-il
favorable aux
missions étrangères
? Restera-t-il
ouvert aux
collaborations
internationales ou
adoptera-t-il une
approche
nationaliste de la
gestion du
patrimoine ?
"Certes, Zahi Hawass
allait à l'encontre
des relents
néocolonialistes de
certains
archéologues
étrangers,
estime Christian
Leblanc. Son mot
d'ordre, c'était :
l'Egypte aux
Egyptiens. S'il n'y
a rien à redire sur
ce point, il n'a pas
pris conscience, en
revanche, que
beaucoup de missions
étrangères font un
énorme travail de
conservation et de
valorisation, sans
compter la part
consacrée à la
formation. Au
Ramesseum, nous
employons 180
ouvriers sur 10
hectares de fouilles
et participons,
depuis des années, à
l'encadrement de
jeunes chercheurs
égyptiens. Le
discours de Zahi
Hawass était
complètement décalé
par rapport à la
réalité. Le
patrimoine égyptien
n'est pas seulement
national : il
appartient à
l'histoire de
l'humanité. Mais je
suis confiant : les
jeunes qui viendront
après lui seront
plus modérés si nous
avons la volonté
d'insuffler un
véritable
partenariat prenant
en compte leurs
besoins."
Aujourd'hui, une
menace islamiste sur
le patrimoine
archéologique est
largement balayée.
Les déclarations du
cheikh salafi Abdel
Moneim Al-Shehat,
qui a prétendu
recouvrir de cire ou
de draps les statues
antiques, ont été
désavouées par son
propre parti (Al-Nour).
Tout au plus les
salafistes se
bornent-ils à
souligner que les
ruines ne sont pas
une priorité.
"Le fait que les
gens votent
islamiste dans les
zones touristiques
prouve que les
islamistes ne sont
pas perçus comme une
menace pour les
antiquités",
affirme, confiant,
Ahmed Abd El-Halim,
l'un des fondateurs
des Archéologues
égyptiens libres.
Partout en Egypte,
l'ardeur avec
laquelle les jeunes
révolutionnaires
s'emparent de la
référence
pharaonique est sans
précédent dans
l'histoire du pays.
Elle résonne d'un
espoir dont le
souffle créatif
témoigne d'une
attention renouvelée
au patrimoine. Les
figures de pharaon,
les monuments comme
l'obélisque sont
détournés à des fins
critiques contre le
régime militaire. A
l'occasion du
premier anniversaire
de la révolution, le
25 janvier, les
révolutionnaires ont
présenté, place
Tahrir, un obélisque
en bois de 40 mètres
de haut décoré du
nom des martyrs
assassinés par
l'armée depuis le
début du
soulèvement.
Face aux figures
antiques valorisées
par l'ancien régime
depuis Nasser, comme
le roi Ménès,
artisan de
l'unification du
royaume trois
millénaires avant
l'ère chrétienne,
c'est désormais
celle de Maât,
déesse de l'harmonie
sociale et
politique, qui est
présentée comme
présidant aux
destinées de la
révolution.
Une
porte de grenier de la XVIIe
dynastie à Karnak
Initié en octobre
2008, un programme
d'étude du
Centre
Franco-Égyptien
d'Étude des Temples
de Karnak
concerne le temple
de Ptah situé en
limite
septentrionale du
temple d'Amon-Rê.
Construit sous le
règne de Thoutmosis
III (env. 1479-1424
av. J.-C.), ce
temple a été
restauré, agrandi et
aménagé jusqu'au
règne de l'Empereur
Tibère (début du 1er
siècle de notre
ère). Cette étude
comprend une
documentation
épigraphique,
architecturale,
archéologique et
photographique,
associée à un
programme de
restauration et de
mise en valeur du
site en vue de son
ouverture au public.
Les fouilles
conduites dans le
temple de Ptah ont
mis en évidence des
structures plus
anciennes, murs
massifs en briques
crues, probables
vestiges d'un temple
précédent ; à
l'heure actuelle,
seule la céramique
recueillie indique
une datation fin
XVIIe dynastie-début
XVIIIe dynastie.
Dans le courant
du mois de février
2012, l'équipe CNRS
a découvert en
bordure méridionale
du temple les
premiers éléments
d'une structure
administrative
datant de la XVIIe
dynastie (env.
1634-1543 avant
notre ère), un
montant et un
linteau fragmentaire
en calcaire. Les
difficultés d'accès
à ces monolithes
découverts dans un
sondage pratiqué
entre des
constructions plus
tardives ont ralenti
leur mise au jour.
Seul le recours à
la grue du Centre a
permis d'extraire de
la fouille
l'imposant montant
de porte de 2,03 m
de haut et pesant
près d'une tonne.
Les inscriptions
hiéroglyphiques
conservées précisent
qu'il s'agit d'une
porte de grenier
dédiée à Amon-Rê,
dieu tutélaire de
Karnak. Mais
l'information
capitale concerne
avant tout
l'identité du
bâtisseur de cette
structure : le roi
Sénakht-en-Rê.
Il s'agit du premier
document
contemporain de ce
roi jamais découvert
en Égypte. Ce nom
était jusqu'ici
connu uniquement par
trois documents
posthumes rédigés un
à deux siècles après
son règne durant les
XVIIIe et XIXe
dynasties (env.
1543-1186 avant
notre ère Le montant
de porte livre les
trois principaux
noms du souverain :
le nom d'Horus, le
nom de Roi de Haute
et Basse Égypte et
le nom de Fils de
Rê, cette série de
noms étant en
conséquence
totalement inédite *
et permettant
désormais
d'identifier avec
certitude ce
souverain.
Sénakht-en-Rê,
dont on ignorait
tout jusqu'à
présent, est
considéré par les
Égyptiens anciens
eux-mêmes comme un
des ancêtres des
souverains
fondateurs du Nouvel
Empire. La
localisation de sa
tombe, qui se
trouvait très
vraisemblablement
sur la rive ouest
thébaine, est
inconnue.
Cette découverte
a des implications
importantes dans les
reconstitutions
historiques fondées
sur le prisme de
l'historiographie
égyptienne et
modifie en
profondeur notre
connaissance de la
chronologie de cette
période qui voit la
fin de la domination
Hyksôs en Égypte et
l'émergence du
Nouvel Empire.
Article paru
sur le site du
CFEETK
* Voir Jürgen
Von Beckerath,
Handbuch der
âgyptischern
Königsnamen : p.128,
129
Après avoir passé
dix ans à Paris, la
momie d'Antinoë
revient dans le
musée Bertrand, où
les Castelroussins
peuvent désormais la
contempler.
Propriété du
Louvre, la momie
copte avait été
déposée en 1904 au
Musée de
Châteauroux. Mais
cela fait dix ans
que les
Castelroussins
n'avaient pas pu
l'observer. Mise au
jour à l'occasion de
fouilles dans le
Fayoum, la momie
d'Antinoë a fait
l'objet d'expertises
par des spécialistes
du musée parisien.
Dermatologues,
dentistes,
égyptologues se sont
succédé à son
chevet; leurs
découvertes seront
publiées en
septembre prochain.
Son retour public
a été l'occasion
pour le Musée
Bertrand d'ouvrir
une toute nouvelle
salle consacrée à
l'égyptologie.
En complément, la
médiathèque propose
de redécouvrir les
trésors de
l'expédition de
Bonaparte en Egypte.
De nombreux
scientifiques et
illustrateurs
avaient accompagné
Napoléon. Ils en ont
rapporté une somme
colossale d'informations
compilées dans un
ouvrage
encyclopédique.
La momie
égyptienne, vieille
de 2000 ans, est
exposée au musée
Bertrand de
Châteauroux
A une centaine de
mètres derrière les
deux célèbres
colosses, dont l'un
dit « de Memnon »,
qui ornaient le
temple d'Amenhotep
III à Kom el-Hetan
(Thèbes rive ouest),
les archéologues ont
redressé un autre
colosse en
quartzite. Il est
sans doute tombé,
avec son partenaire,
les colosses allant
par deux, pendant le
tremblement de terre
qui a eu lieu aux
alentours de 1200
avant notre ère.
Mesurant à
l'origine près de
quinze mètres de
haut (ses célèbres
compagnons mesurant
environ dix-huit
mètres) ce colosse
représente bien sûr
le roi Amenhotep
III. Cassé en
plusieurs morceaux,
il a été
partiellement
enseveli dans l'eau
et la boue, avant
d'être mis au jour
en 2002 et rapporté
sur la terre ferme.
Restauré, consolidé
sur son piédestal,
il a pu être
réinstallé à sa
place d'origine. Ce
géant de 250 tonnes,
brisé en une
quarantaine
d'endroits, devrait
retrouver sa tête et
sa poitrine lors de
la prochaine saison.
Lorsque les six
statues colossales
seront en place, le
site aura retrouvé
une partie de sa
splendeur d'antan.
La mission, menée
depuis de nombreuses
années par une
équipe
égypto-européenne,
sous la direction d'Hourig
Sourouzian, n'a pas
fini de nous faire
découvrir ce site,
qui abritait le plus
grand temple de la
rive ouest.
Réaménagement. Riche
en antiquités, le site de San Al-Hagar ou Tanis,
situé dans le Delta, est l’objet d’un grand projet
de restauration.
Temples,
obélisques, nécropole et lac sacré, on se dirait à
Louqsor et non dans un village agricole du Delta. A
150 kilomètres au nord est du Caire, dans le
gouvernorat de Charqiya, s’étend sur une superficie
de près de 500 feddans (210 ha), le village de San
Al-Hagar, le site archéologique de Tanis. Cette
région, qui constitue la partie la plus riche de
tout le Delta en matière archéologique, est l’objet
d’un grand projet d’aménagement et de restauration.
Ces travaux seront bientôt entamés par le Conseil
Suprême des Antiquités (CSA) en coopération avec une
mission archéologique française qui opère sur le
site depuis les années 1928.
Une entreprise ambitieuse, puisqu’il ne s’agit pas
uniquement de travaux d’aménagement et de
restauration des monuments mais plutôt de
reconstruire cette ville antique de Tanis. Ainsi, le
temple d’Amon doit être reconstitué afin de
retrouver son état original avec ses statues
colossales, ses obélisques géants et ses murs
gigantesques tout en assurant la sécurité de ses
éléments.
«
Imaginons le temple d’Amon après sa reconstruction
avec les statues géantes qui se trouvent des deux
côtés de l’entrée, ainsi que le haut mur avec les
trois pylônes, allant jusqu’à l’autel sacré, et deux
obélisques de chaque côté des pylônes, ça serait
vraiment magnifique », rêve Hassan Ibrahim,
responsable archéologique à San Al-Hagar. En fait,
Tanis est connue surtout pour ses obélisques. Elle
en compte 17, dont la plupart sont intacts. « Très
souvent, on trouve les quatre façades des obélisques
pleines d’inscriptions. Le plus intéressant, c’est
que parfois sur un seul obélisque on peut regrouper
des textes qui remontent à différentes époques
historiques », souligne Mohamad Abdel-Maqsoud,
directeur des antiquités du Delta. Selon lui, cela
prouve que ces obélisques ont été réutilisés maintes
fois. En fait, l’obélisque dressé à la place de la
Concorde, à Paris, provient de la ville de Tanis, de
même que celui actuellement situé à l’entrée de
l’aéroport international du Caire.
Outre les travaux de restauration des tombes royales
qui seront entamés par le CSA, un système d’aération
et d’éclairage sera établi afin de permettre une
visite confortable aux touristes.
Si
Tanis est considérée comme la ville la plus riche en
vestiges archéologiques au Delta, il est certain que
les trésors qui s’y trouvent ne représentent que
très peu par rapport à ceux qui y seraient enfouis.
Les fouilles n’ont été faites que sur 10 % seulement
de la superficie totale du site.
De
plus, un objectif principal de la restauration est
également d’attirer le plus de touristes possible
essayant de diminuer le flux touristique sur les
sites archéologiques de la Haute-Egypte, à savoir
que près de 10 000 touristes se rendent annuellement
à San Al-Hagar.
Dalia Farouk Basma
Farahat
Voyages
Inauguration .
Le Musée du crocodile d’Assouan vient d’ouvrir ses
portes après quatre ans de retard. Une découverte
unique en son genre.
Entre
crainte et vénération
Situé
en face du temple de Kom Ombo (dédié à Sobek et à
Horus), le premier musée consacré au crocodile
devait ouvrir ses portes aux visiteurs en 2008. Mais
il n’a été inauguré officiellement que quatre ans
plus tard, le 1er février 2012. Une ouverture qui
entre dans le cadre de la célébration de la
révolution du 25 janvier et de la fête nationale du
gouvernorat d’Assouan.
Cet
extraordinaire musée donne directement sur le Nil. «
Le musée rend compte de l’importance des crocodiles
en général et de Sobek, considéré comme un symbole
de fertilité du Nil. La construction de ce musée,
qui est le plus grand au monde consacré à un seul
animal, a coûté 7 millions de L.E. Je pense que ce
musée deviendra une source d’attraction touristique
», explique Mohamad Ibrahim, ministre d’Etat des
Antiquités.
Le Musée
du crocodile expose, entre autres, une vingtaine de
momies de crocodiles parmi les cinquante découvertes
dans la zone à proximité du temple de Kom Ombo. Les
momies exposées proviennent d’animaux de différents
âges et de différentes tailles. Elles vont d’un
mètre et demi de longueur pour les plus petites à
plus de cinq mètres pour les plus grandes. « Le
Musée du crocodile possède la plus grande collection
au monde de crocodiles momifiés. Il présente les
différentes étapes de la momification des
crocodiles. C’est en fait la même méthode qui est
suivie pour la momification des rois de l’Egypte
ancienne », souligne Mohamad Al-Biyali, directeur
général des antiquités de la Haute-Egypte.
Dans les
vitrines, on peut également découvrir des fœtus, des
œufs de crocodiles, des dents et des yeux en or
placés sur les momies. Pour compléter le tout, une
collection de sculptures de crocodiles en bois et en
granit, des sarcophages ainsi que des répliques de
niches de crocodiles dans les rives sont visibles
dans le musée.
Une
partie des Egyptiens de l’Antiquité vénérait Sobek,
surtout pendant la XIIe dynastie. La présence de
crocodiles dans le Nil était pour les pharaons
l’annonce d’une crue favorable aux récoltes. Mais
les Anciens Egyptiens redoutaient aussi les
crocodiles et cherchaient à s’en protéger par des
charmes et des amulettes. Le célèbre historien grec
Hérodote nous apprend que les habitants
d’Eléphantine mangeaient les crocodiles.
Le
crocodile, qui se nourrit presque essentiellement de
poissons, était adoré à Kom Ombo et dans la capitale
du Fayoum, nommée par les Grecs « Crocodilopolis ».
Dans ces cités consacrées à Sobek, les crocodiles
étaient soignés et nourris. Les habitants de
certaines villes élevaient et apprivoisaient chacun
un crocodile.
« Ils
paraient ses oreilles de boucles en or et en cristal
et entouraient ses pattes avant de bracelets. Ils
les nourrissaient aussi des restes choisis provenant
des sacrifices. Une fois mort, le crocodile était
embaumé et on lui consacrait une sépulture », écrit
Hérodote.
Très
répandu sur le continent africain, le crocodile du
Nil est l’un des plus grands reptiles vivants. C’est
un carnivore féroce. Le dieu Sobek est représenté
soit sous la forme d’un crocodile, soit sous celle
d’un homme à tête de crocodile. Le crocodile est
aujourd’hui protégé. Il est menacé d’extinction dans
certaines régions l.
Amira Samir
Le
dieu-crocodile : entre crainte et fascination
Par Dr
Mohamed el Bialy - Secrétaire d’Etat des
Antiquitésde Haute-Egypte.
Aujourd’hui
disparu de la vallée du Nil d’Assouan au Delta —
mais toujours très présent en amont du Haut-Barrage
—, le reptile africain le plus répandu est le
Crocodilus Niloticus. Il atteint parfois une taille
pouvant dépasser six mètres de longueur.
L’accroissement du peuplement humain et les
changements climatiques dus à la première
modification du régime des crues du Nil ont
fortement contribué à l’extinction locale de cette
espèce.
L’animal
est un amphibie. Son rythme biologique à sang-froid
l’oblige à passer de longues heures au soleil, tout
en guettant ses proies. Carnivore, son comportement
de prédateur constitue un danger pour tout être
vivant s’approchant des points d’eau. Seule sa
mandibule supérieure étant mobile, le crocodile
happe sa victime en l’étouffant et la noie ensuite
en l’entraînant sous l’eau. Le plus souvent, il ne
la dépèce pas aussitôt, ayant une préférence marquée
pour les chairs faisandées, et laisse macérer le
cadavre quelque temps dans un recoin marécageux du
fleuve. Il n’émet que très rarement un son,
attaquant ses proies par surprise. Mais s’il est
menacé, acculé ou blessé, alors le bruit qu’il
produit est un des plus terrifiants que l’on puisse
entendre dans le monde animal. Ceci, avec ses mœurs
à la fois aquatiques et terrestres, a fortement
contribué à faire du crocodile un animal étrange
empreint d’un caractère surnaturel.
Dans la
langue hiéroglyphique, plusieurs termes peuvent
désigner le grand saurien. Beaucoup d’entre eux ne
sont que des métaphores le désignant comme un «
monstre » inspirant la terreur. Le nom vulgaire
était messeh (d’où dérive probablement le mot temsah
de la langue égyptienne actuelle). Mais dès lors
qu’il s‘agit d’évoquer le caractère religieux de
manifestation divine incarnée dans le reptile, c’est
le nom Sobek qui revient : un vocable jusqu’ici
intraduisible, que les Grecs ont rendu sous la forme
Óïõ÷ïò, Soukhos.
Selon les
dogmes religieux de l’Egypte antique, la divinité
assure l’existence de la totalité de l’univers et le
maintien de la vie par les manifestations de son
action constante. De nombreuses formes animales
peuvent en être le symbole. L’image de la lionne,
nommée Sekhmet, la « toute puissante » inspirée par
la vue du fauve défendant ses petits, exprime
l’éclatement de la fureur divine et ses funestes
conséquences pour l’impie qui compromet l’ordre du
monde.
L’évocation de Sekhmet devient ainsi synonyme d’une
puissance destructrice, supranaturelle, qui n’est
autre que l’explosion de chaleur solaire qui
anéantit la vie et transforme la terre des hommes en
désert de mort.
La nature
et le mode d’existence du crocodile du Nil ont ainsi
conduit les Anciens Egyptiens à voir dans cet animal
une manifestation de la présence divine, à la fois
dangereuse et bénéfique. Imprévisible dans ses
attaques, le saurien est avant tout dangereux. Tel
que le concevaient les Anciens Egyptiens, l’univers
ne doit son existence qu’au maintien de l’équilibre
(exprimé par le symbole de Maât) entre les forces
contraires, ordre et chaos, qui le constituent.
Seule
l’action constante du principe divin créateur permet
d’éviter le triomphe du mal absolu. Celui-ci ne peut
être éradiqué, mais seulement contenu dans ses
excès, de sorte que tout être qui attente à la vie
est, dans l’instant de son crime, la démonstration
de son appartenance aux puissances négatives du
désordre. Ce n’est plus alors Sobek qui est en cause
mais une sorte de mutation aquatique de Seth le
néfaste, celui dont le désert démontre l’existence
et qui, inlassablement, s’acharne à détruire
l’espace vital qu’est la vallée fertile.
On doit
alors combattre le reptile meurtrier et le mettre
hors d’état de nuire. On comprend par là
l’incompréhension manifestée par les voyageurs de
l’époque gréco-romaine face à l’attitude, en
apparence contradictoire, des populations
égyptiennes locales envers les crocodiles. Alors
qu’ils pouvaient voir, ici ou là, des prêtres et des
fidèles révérer le représentant de Sobek, ailleurs,
l’animal était férocement massacré et peut-être même
mangé, tout comme l’hippopotame.
Entre
terre et eau
Avec
l’hippopotame, le saurien est le seul à vivre à la
fois sur la terre et dans l’eau. Il fréquente les
zones sèches le jour et regagne le fleuve et ses
profondeurs dès le coucher du soleil. Tout
naturellement, la sortie des eaux du crocodile à
l’aube et sa veille terrestre le jour, de même que
sa disparition dans les ténèbres liquides la nuit,
faisaient de lui une réplique directe et proche des
hommes, du miracle quotidien du retour de l’astre de
vie. Les théologiens égyptiens créèrent donc un nom
définissant ce caractère si spécial : Sobek-Rê.
Mentionné
dans les textes dès le temps des Pyramides (Ancien
Empire, 2500 avant notre ère), les traces
historiques du saurien sont très fréquentes au
Fayoum, la grande oasis d’Occident, ville de Rê.
C’est ici que l’on a recueilli les premiers
témoignages d’une vénération locale privilégiant
l’aspect spécifique du rôle religieux de Sobek le
crocodile, émanation de la présence de Rê.
Avec le
déplacement au Sud des centres du pouvoir
pharaonique à la fin du second millénaire avant
notre ère, de nouveaux sanctuaires dédiés à Sobek-Rê
prennent le pas sur les anciens lieux de culte du
Nord et du Fayoum. En effet, l’amphibien ne calquait
pas seulement son comportement sur celui du principe
solaire dans l’alternance du jour et de la nuit,
mais il possédait aussi la faculté de maîtriser
l’alternance du régime des eaux, si particulier dans
la Vallée du Nil. Mais c’est avant tout le caractère
religieux de manifestation divine incarnée dans le
reptile qui est vénéré .
27. février 2012 - 14:54
Découverte marquante pour l’égyptologie
suisse
Légende: Dans la
Vallée des rois, les
archéologues travaillent
sous un soleil de plomb. (swissinfo)
Une équipe suisse vient de mettre à jour
une momie dans la Vallée des rois. Un
véritable événement, puisqu’il s’agit de la
première découverte du genre depuis
l’exhumation de Toutankhamon, en 1922.
swissinfo.ch a visité le chantier.
La Vallée des rois est un peu le graal
des égyptologues. Située en plein désert,
près de Louxor, elle abrite les tombeaux de
bon nombre de pharaons, de membres de la
famille royale ou de grands dignitaires de
l’époque du Nouvel Empire.
C’est dans cette vallée qu’a été
réalisée, en 1922, la plus fabuleuse
découverte de l’histoire de l’égyptologie:
la tombe de Toutankhamon. Fabuleuse, car la
seule parvenue intacte jusqu’à notre époque.
Mais depuis lors, plus rien.
Un nettoyage fructueux
C’est dire si la découverte d’une
nouvelle tombe sur le site constitue un
événement dans le petit monde de
l’archéologie. Tout a commencé le 25 janvier
2011, lors de travaux de nettoyage réalisés
par une mission de recherche conduite par
l’université de Bâle.
«Ce fameux 25 janvier 2011, nous étions en
mission de nettoyage sur une tombe déjà
connue, raconte Susanne Bickel, chef de
projet de l’équipe archéologique suisse et
professeur à l’université de Bâle. Nous
construisions un muret autour de cette tombe
quand, tout à coup, nous avons découvert le
bord supérieur de quelque chose…»
«Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait
de dépôts de gravats ou d’une construction
inachevée, poursuit-elle. Mais quelle ne fut
pas notre surprise lorsque nous avons
découvert que c’était probablement une autre
tombe. Jamais nous n’aurions imaginé que
deux tombes puissent être aussi proches
l’une de l’autre.»
Mais cette trouvaille est dans un premier
temps laissée au sable. Début 2011, l’Egypte
est en effet en pleine révolution. Les
rumeurs de pillages se multiplient. Par
mesure de sécurité, la mission lève le camp
et les étudiants rentrent en Suisse. Un
couvercle en métal est placé sur l’ouverture
de la tombe en attendant une période plus
favorable pour l’explorer.
Le masque funéraire
de Nehemes-Bastet. (Uni Basel)
Un sarcophage pas comme les autres
Ce sera pour janvier 2012. L’équipe
reçoit l’autorisation officielle des
autorités égyptiennes de poursuivre les
fouilles. «Nous étions pressés de savoir ce
qui se trouvait dans la tombe, déclare
Susanne Bickel. Il nous a fallu quatre jours
pour creuser un puits. Nous avons pu glisser
un bras pour poser une caméra. Nous avons vu
une tombe inviolée, un sarcophage totalement
intact, qui ne ressemblait pas aux
sarcophages que nous avions l’habitude de
voir.»
L’équipe, qu’une tente protège du soleil de
plomb qui sévit dans la vallée, nous décrit
un sarcophage à l’aspect sobre, sans
fioritures. «Aucun décor sur les parois,
dévoile l’un de ses membres. Un bois très
épais, très beau. Nous savions que la tombe
avait été construite au 15e siècle avant
J.-C., mais nous avons découvert que le
sarcophage datait du 9e siècle avant J.-C.»
«Cette découverte permet de déduire deux
éléments importants, poursuit-il. Du fait
que la tombe date du 15e siècle, nous en
avons conclu qu’il y a eu un deuxième
enterrement 500 ans plus tard. D’autre part,
la sobriété du sarcophage nous incite à
penser qu’au 9e siècle, à la XXIIe dynastie,
un enterrement consistait en un humble
sarcophage et une simple stèle.
Contrairement aux coutumes du 15e siècle, à
la XVIIIe dynastie, où céramique et mobilier
étaient très présents.»
Une momie joliment emballée
«D’après les inscriptions, pas encore
intégralement déchiffrées, il s’agit d’une
femme, précisent les archéologues bâlois.
Elle s’appelait Nehemes-Bastet, ce qui
signifie ‘Puisse la déesse Bastet la
protéger’.»
«Ce qui est étonnant, complète Susanne
Bickel, c’est que ce sarcophage mesure 2 m
de long alors que la momie, en parfait état
de conservation, ne fait que 1,55 m. La
défunte serait une chanteuse d’Amon-Rê. Son
titre nous indique qu'elle faisait partie de
l’élite. Une activité de prêtresse
probablement occasionnelle, qu’elle devait
exercer lors des grandes processions.»
«C’est la première fois qu'on trouve dans
la Vallée des Rois le tombeau d'une femme
qui ne soit pas liée aux anciennes familles
royales», souligne encore la chercheuse.
Encore beaucoup à apprendre
Le but du projet de l'université de Bâle
est d'analyser les tombes non-royales
situées dans la vallée latérale menant à la
tombe de Thoutmosis III (cinquième pharaon
de la XVIIIe dynastie). Ces tombes
non-royales ont été très peu étudiées
jusqu'à présent.
«Beaucoup ne sont même pas connues du tout,
précise Susanne Bickel. Nous les fouillons,
documentons leur architecture et essayons de
trouver dans les tonnes de débris qui les
remplissent quelques indications qui
permettent de préciser la date de leur
utilisation, éventuellement la ou les
personne(s) qui ont eu le privilège d'être
enterrés dans cette vallée, auprès des
pharaons.»
La découverte du sarcophage de la chanteuse
d'Amon nous renvoie à une autre période de
l'utilisation de la vallée, celle du 9e
siècle av. J.-C., où les tombes ont été
réutilisées une seconde fois. La momie, en
parfait état, n’a pas encore été analysée.
Il reste donc encore bien des choses à
apprendre de la Dame, qui a échappé aux
pillages et à l’usure du temps pour nous
parvenir intacte et nous dévoiler un peu de
ses secrets.
Fatiha Temmouri, Vallée des Rois,
swissinfo.ch
mardi, 07 février 2012
Bientôt: LE CREPUSCULE DES
PHARAONS
Le
crépuscule des
Pharaons,
Chefs-d'œuvre des
dernières dynasties
égyptiennes,
Exposition au Musée
Jacquemart-André à
Paris, du
23
mars au 23 juillet
2012
Du 23 mars
au 23 juillet 2012,
plusieurs
chefs-d'œuvre du
dernier millénaire
de l'histoire
pharaonique (1069-30
avant notre ère)
investissent le
musée
Jacquemart-André.
Pour la première
fois, une exposition
attire l'attention
sur les plus belles
réalisations de
cette période afin
de démontrer qu'il
serait abusif de
réduire le «
crépuscule » de
l'ancienne Égypte à
dix siècles de
déclin, même si le
pays a été
successivement
envahi par les
Kouchites, les
Perses et les
Macédoniens.
Plus d'une centaine
de pièces
exceptionnelles,
provenant de temples
ou de tombes, qui
ont été prêtées par
les plus grandes
collections
internationales
d'antiquités
égyptiennes (Ägyptisches
Muséum de Berlin,
British Muséum,
Musée du Louvre,
Métropolitain Muséum
de New York, Muséum
of Fine Arts de
Boston,
Kunsthistorisches
Muséum de Vienne...)
témoignent de la
richesse et de la
diversité de la
création artistique
égyptienne après les
Ramsès.
Commissaire de
l'exposition:
Olivier Perdu
Musée
Jacquemart-André
158, boulevard
Haussmann - 75008
PARIS
Tel. : + 33 (0)1 45
62 11 59
www.musee-jacquemart-andre.com
Le Musée se situe à
400 m de la place
Charles de
Gaulle-Étoile.
Ouvert tous les
jours de 10h à 18h.
dimanche, 05 février 2012
Un
jour, j'achetai une momie...
Un
jour, j'achetai une
momie...
Émile
Guimet et l'Égypte
antique
Exposition du 30
mars au 2 juillet
2012 au Musée des
Beaux-arts de Lyon
Quand, en 1865,
Émile Guimet
(1836-1918) part
visiter l'Égypte, il
ne se doute pas que
ce voyage va
bouleverser sa vie.
Fasciné par
l'archéologie, la
philosophie et
l'histoire des
religions
orientales, une
passion qui va
l'entraîner jusqu'en
Extrême-Orient, le
jeune industriel
lyonnais commence
alors une
exceptionnelle
collection.
L'exposition
réunit une large
part des antiquités
égyptiennes qu'Émile
Guimet acquiert
pendant près d'un
demi-siècle, stèles,
statues,
sarcophages,
figurines
funéraires, papyrus,
amulettes... Il
finance même des
fouilles, dont les
plus célèbres, dans
la nécropole d'Antinoé,
livrent une
fabuleuse moisson de
momies et de
textiles.
Collectionneur
atypique, il crée un
musée dans sa ville
natale de Lyon, dès
1879, puis à Paris,
en 1889, et à
nouveau à Lyon, en
1913. La démarche
exceptionnelle de
cet industriel
visionnaire devenu
directeur et mécène
de musées est
replacée dans le
contexte historique
et scientifique
français et européen
de la fin du XIXe et
du début du XXe
siècle.
Commissariat:
Geneviève Galliano,
conservateur en
chef, département
des Antiquités,
musée des Beaux-arts
de Lyon
Archéologie
Des Bâlois à l’origine d’une grande
découverte dans la Vallée des rois
Les
fouilleurs bâlois ont notamment
découvert un sarcophage en bois,
avec une momie en parfait état
de conservation. DR
Une équipe
d’égyptologues bâlois a découvert une
nouvelle sépulture dans la nécropole royale
de Thèbes. La précédente découverte remonte
à 1922 : celle de la tombe de Toutankhamon
par Howard Carter
Les archéologues sont unanimes :
quelque 70 % des vestiges pharaoniques
sont encore enfouis sous les sables
d’Égypte. D’où ces innombrables équipes
de fouilles nationales et
internationales qui les creusent et
retournent tous les ans. Et ce qui vaut
pour l’Égypte entière le vaut encore
plus pour la plus célèbre de ses
nécropoles, la Vallée des rois. Or n’y
creuse pas qui veut, dans ce prestigieux
cimetière où reposaient les augustes
momies des pharaons des XVIII e
et XIX e dynasties, grosso
modo entre 1500 et 1000 avant l’ère
chrétienne : celles des Thoutmosis,
Aménophis, Ramsès… L’une des très rares
équipes étrangères qui y sont admises
par Le Caire est celle de l’institut
d’égyptologie de l’Université de Bâle,
présent sur le site depuis 1998.
En 2006, une équipe américaine —
autre nation admise sur place — menée
par Otto Schaden y avait découvert ce
qu’on pensait être une tombe.
Aujourd’hui, les spécialistes pensent
que cette cavité avait simplement servi
de dépôt de matériel de momification. Ce
trou avait néanmoins reçu l’appellation
de KV63 (King’s valley 63), après la
découverte de la KV62 en 1922, la tombe
du célébrissime roi-enfant Toutankhamon.
« En 2009, nous avons lancé le
University of Basel King’s valley
project. Il s’agit d’étudier les tombes
non-royales de la XVIII e dynastie
[vers -1450/1500, NDLR], époque où cette
vallée encaissée entre d’abruptes
montagnes et surplombée d’une pyramide
naturelle, a accueilli ses premiers
pharaons. Et non seulement des pharaons,
mais aussi de hauts dignitaires et des
membres de la famille régnante. Les
sépultures de ces personnages n’ont
jamais été étudiées. Nous espérons
trouver la réponse à notre question :
qui étaient celles et ceux qui avaient
le droit de reposer à proximité de leur
roi et dieu ? » A la tête de ce projet,
Susanne Bickel, professeur d’égyptologie
à Bâle, compte onze cavités dans le
périmètre de « sa » concession. « Ce
sont des tombes à puits ou à descenderie
inclinée, sans décor, mais avec une
grande variété de plans. »
L’égyptologue se souvient : «
C’est en nettoyant les environs d’une
sépulture à puits et en la sécurisant,
que nous sommes tombés sur ce qui
ressemblait aux restes de la bordure
d’une structure enterrée. C’était… le
25 janvier 2011, premier jour de la
révolution égyptienne ! » L’insécurité
sur les sites archéologiques
grandissant, avec ses vols et
destructions volontaires, l’équipe
bâloise décide alors : « On couvre tout,
on n’y touche pas. » Une autorisation de
fouille est demandée, Le Caire répond
positivement.
Susanne Bickel et ses collègues,
aidés par une douzaine d’ouvriers
locaux, ont repris le chantier au début
de cette année : « En dégageant les
gravats superficiels, nous avons eu la
grande surprise de découvrir le blocage
originel de ce puits, un remplissage
fait de gros blocs de calcaire. Des
débris de céramique trouvés en dessous,
à l’entrée de la chambre sépulcrale nous
ont permis de dater la construction du
puits : début de la XVIII e dynastie.
»
Le 12 janvier dernier, la tombe a
enfin pu être ouverte. La sépulture
aurait été creusée vers -1540. Pour qui
? Les chercheurs ne le savent pas
encore. « Elle a probablement été
rouverte et pillée quelque temps après.
Puis elle s’est remplie de gravats »,
avance Susanne Bickel.
Quelque 600 ans plus tard, sous la
XXII e dynastie, au IX e siècle
avant l’ère chrétienne (3 e
période intermédiaire), cette tombe
aujourd’hui enregistrée sous KV64 a été
réutilisée : « De cette période, nous ne
connaissions aucune tombe intacte. » Une
fois le puits dégagé, les fouilleurs
bâlois ont découvert, à une profondeur
de près de 5 m, dans une chambre unique
et plus large que le puits, un
sarcophage en bois. « Il est entièrement
noir, avec des décors en jaune, typique
pour cette période. D’après les
inscriptions, pas encore intégralement
déchiffrées, il s’agit d’une femme. Elle
s’appelait Nehemes-Bastet, ce qui
signifie : ‘‘Puisse la déesse Bastet la
protéger’’. Ce qui est étonnant, c’est
que ce sarcophage mesure 2 m de long
alors que la momie, en parfait état de
conservation, ne fait que 1,55 m. Cette
dame a dû faire partie de l’élite
religieuse de Thèbes, fief du dieu Amon.
D’après les inscriptions, son père était
prêtre au temple d’Amon à Karnak. La
fille portait le titre de ‘‘chanteuse
d’Amon’’. C’était certainement un titre
honorifique lié à la prêtrise. Elle n’a
probablement pas chanté tout le temps. »
Seul mobilier funéraire de cette
sobre tombe : une petite stèle cintrée
en bois, déposée au pied du cercueil.
Une découverte de première importance
scientifique : « Presque tous les musées
en possèdent, mais personne ne connaît
le contexte de leur trouvaille.
Aujourd’hui, nous savons que ces stèles
votives pouvaient être déposées comme
seul mobilier funéraire auprès du mort.
»
mardi, 17 janvier 2012
KV
64, suite...
La chanteuse
d'Amon, ensevelie
dans la tombe KV 64
s'appelle Nehmes
Bastet. Elle a vécu
sous la XXIIe
dynastie selon les
inscriptions. Le
cercueil a été
ouvert hier par le
Professeur Suzanne
Bickel de
l'Université de
Bâle, la directrice
de la mission de
fouilles Elina
Paulin-Grothe, et en
présence du Dr
Mohammed El-Bialy,
inspecteur en chef
des antiquités de
Haute Egypte. Il
renferme une momie
parfaitement
conservée.
Le bord supérieur
de la sépulture a
été découvert le
premier jour de la
révolution, puis
scellé à l'aide d'un
couvercle
métallique. La
semaine dernière, à
la reprise de la
saison de fouilles,
la structure a été
identifiée comme une
tombe, l'une des
très rares qui n'ont
pas été pillées dans
la Vallée des Rois.
Elina Paulin-Grothe
a précisé que cette
tombe "n'a pas
été construite pour
la chanteuse mais a
été réutilisée 400
ans après la
sépulture originale".
"Il existe
d'autres tombes non
royales dans la
Vallée des Rois",
ajoute le Pr Bickel.
La plupart datent de
la XVIIIe dynastie.
Il s'agit là
d'une découverte
importante qui
montre que la Vallée
a été utilisée pour
l'inhumation de
particuliers et de
prêtres de la XXIIe
dynastie.
C'est seulement
la deuxième tombe
découverte depuis
celle de
Toutânkhamon en
1922, la KV 62. En
2006, fut mise au
jour la KV 63 qui
renfermait sept
cercueils vides.
Nouvelle découverte
archéologique dans la Vallée des
Rois
La tombe de la
fille d'un prêtre
lecteur de Karnak a
été découverte dans
la Vallée des Rois
(rive ouest de
Thèbes) au cours
d'une phase de
déblayage menée par
une mission de
fouilles suisse, sur
le sentier qui mène
à la tombe de
Thoutmosis III. Il
s'agit d'un puits
qui mène vers une
chambre renfermant
un sarcophage et son
matériel funéraire.
Mohamed Ibrahim,
Ministre égyptien
des Antiquités a
déclaré que le
cercueil était peint
en noir et décoré de
textes
hiéroglyphiques et
qu'une stèle en bois
portait le nom et
les différents
titres du défunt.
Les premières études
menées par l'équipe
helvétique de
l'Université de
Bâle, dirigée par
Elena Pauline Grothe ont
révélé que la tombe
date de la XXIIe
dynastie, époque où
des rois libyens
gouvernaient
l'Egypte. Les
prêtres exerçaient
une grande autorité
à Louqsor et ont
permis le remploi de
certaines tombes des
cimetières royaux
pour
l'ensevelissement de
membres de leur
famille. Ici la
fille d'un prêtre
lecteur de Karnak,
chanteuse d'Amon Rê.
Les fouilles vont
continuer afin de
mettre au jour le
reste de la tombe.
Le
musée du crocodile de Kom Ombo
va enfin ouvrir ses portes
Le musée du
crocodile va enfin
ouvrir ! Le ministre
des antiquités
Mohamed Ibrahim a
annoncé que
l'ouverture du musée
coïnciderait avec le
« National Day »
d'Assouan, à la fin
du mois de janvier.
Situé à Kom Ombo,
près du temple dédié
conjointement à
Sobek et à Horus
l'ancien (Haroëris),
ce musée présentera
quarante momies de
crocodiles, depuis
la grand modèle de
cinq mètres jusqu'au
fœtus et aux œufs.
Pour compléter le
tout, des statues en
bois et en granit
représentant le dieu
Sobek.
Le dieu Sobek est
représenté soit sous
la forme d'un
crocodile, soit sous
celle d'un homme à
tête de crocodile.
Très puissant, il
est même considéré
comme démiurge dans
le Fayoum et
symbolise aussi la
fertilité.
Plus d'images du
temple de Kom Ombo
dans l'album situé
ICI
Publié
le 07/01/12 Par Elodie D.
Le
Crépuscule des Pharaons au Musée
Jacquemart-André
Le Musée
Jacquemart-André nous invite
à découvrir Le Crépuscule
des Pharaons, à travers les
Chefs-d’œuvre des dernières
dynasties égyptiennes. Pour
la première fois, une
exposition s’attèle à la
mémoire du dernier
millénaire de l'Egypte
Antique, grâce à des prêts
exceptionnels des plus
grandes institutions
mondiales. La face cachée
des derniers siècles de
l'Egypte Antique, est
racontée par le Musée
Jacquemart-André du 23 Mars
au 23 Juillet 2012.
Le Musée
Jacquemart-André
nous offre la possibilité de
combler un trou dans la
mémoire collective avec
l'exposition
le Crépuscule des Pharaons
: certes, on connait
l'Egypte, quelques uns des
plus illustres pharaons de
cette dernière -
Ramsès II, Toutânkhamon,
etc - l'histoire récente du
pays, mais il arrive qu'on
ne se rappelle pas de l'
histoire de l'Egypte du
dernier millénaire avant
notre ère.
Accueillis par de
pharaoniques statues, de par
leur grande taille, nous
sommes tour à tour conduits
dans le monde des vivants ,
le monde du Pharaon et enfin
le monde des Dieux : le
Crépuscule des Pharaons se
fait sentir peu à peu, à
détour de portraits
sculptés, d''une chambre
funéraire parfaitement
conservée et d'une
imposante statue d'Osiris...
Le Crépuscule des
Pharaons, époque dite de
déclin, va nous surprendre
grâce au Musée
Jacquemart-André : malgré
les tensions politiques et
le déclin économique que
subit l'Egypte, envahie par
différents peuples aux cours
de ces différents siècles,
la culture et le
savoir-faire artistique
s'est développé, comme
enrichi par ces rencontres.
Près d'une centaine
d’œuvres magnifiquement
conservées seront exposées -
la Statue Verte de Berlin,
une statue de Tasheretptah
en Bronze, mais aussi des
objets du quotidien tels des
bijoux - témoignant de la
singularité de l'art
égyptien, étonnant par la
rigueur de ses
représentations faciales et
la délicatesse de la
pigmentation...
Pendant près de 4
mois, nous aurons le
privilège de contempler des
Chefs-d’œuvre venus du monde
entier, retraçant la vie
quotidienne mais aussi la
vie politique et religieuse
en Egypte de -1000 à notre
ère.
Le Crépuscule des
Pharaons, à découvrir au
Musée Jacquemart-André
du 23 Mars au 23 Juillet
2012, Horaires : 10h-18h |
nocturne lundi et samedi
jusqu'à 21h
Tarifs : 10€ | 8,5€ tarif
réduit | gratuit -7ans
Site du Musée
Jacquemart-André