Association Égyptologique du Gard Nouvelles d'Égypte
Saison 2012 - 1er Semestre

 

 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche, 22 avril 2012

Des fragments du Livre des Morts découverts dans un musée australien

Des fragments d'un Livre des morts de l'Egypte ancienne ont été découverts par hasard dans un musée australien en examinant un petit morceau de papyrus parmi des objets préparés en vue d'une exposition.

John Taylor, un égyptologue du British Museum, a indiqué que la découverte était basée sur un morceau de papyrus portant le nom d'Amenhotep *, figurant dans l'exposition « Mummy: Secrets of the Tomb »  du Queensland Museum à Brisbane, au nord-est de l'Australie.

Cette pièce se trouvait dans une caisse d'antiquités destinées à l'exposition, sur laquelle il s'était penché par hasard. Les morceaux de papyrus faisaient partie d'une donation privée en 1913 et n'étaient pas généralement exposés, mais avaient été sortis pour accompagner l'exposition de momies à laquelle Taylor était venu apporter son aide.

Le haut dignitaire d'Egypte, auquel appartient ce Livre des morts,  fut un grand bâtisseur sous le règne d'Amenhotep III *.  Etonné par sa trouvaille, John Taylor a demandé s'il y avait d'autres fragments dans les archives du musée. « Après une courte vérification, il était évident que nous avions divers fragments du Livre des Morts de ce dignitaire  », a-t-il rapporté au journal The Australian on Sunday.

« Il ne s'agit pas du papyrus d'un quelconque égyptien mais de celui d'un personnage  des plus importants d'Egypte à l'époque de sa grande prospérité », a ajouté John Taylor parlant de cette découverte comme d' « une seule » que l'on puisse faire dans une vie.

L'égyptologue a indiqué qu'il y avait d'autres morceaux du livre d'Amenhotep dispersés dans d'autres musées dont le Musée des Beaux-Arts de Boston, le British Museum et le Metropolitan Museum of Art de New York.

Les exemplaires trouvés en Australie doivent être photographiés pour déterminer où ils se situent dans l'ensemble du livre, dont la longueur est évaluée par John Taylor à plus de 20 mètres, ce qui en ferait la plus grande et la plus significative découverte de manuscrits retrouvés dans les tombeaux. « En Egypte, dans les années 1890, les gens collectionnaient et fouillaient énormément et souvent ils ne savaient plus la provenance de leurs objets », a noté John Taylor.

*NDA : (Il s'agit sans doute d'Amenhotep fils de Hapou)

11:09 Publié dans NOUVELLES DE L'EGYPTOLOGIE

vendredi, 20 avril 2012

Sont-ce Cléopâtre Séléné et Alexandre Hélios, les jumeaux de Cléopâtre VII ?

Un groupe statuaire du Musée du Caire a attiré l'attention de l'égyptologue Giuseppina Capriotti. Il représenterait, selon elle, les jumeaux que la grande Cléopâtre aurait eus avec Marc-Antoine. La statue en grès a été découverte près du temple d'Hathor à Dendera en 1918. Cléopâtre VII a commandé d1610471790.jpges œuvres pour ce temple, dont la plus célèbre la représente avec son fils Césarion (Ptolémée XV) représentée ci-dessous.

Le Musée du Caire a acheté la statue de dix mètres de haut mais n'y a pas prêté une plus grande attention, ayant déterminé qu'il s'agissait d'une représentation de Chou et de Tefnout. Le dos de la sculpture (n° de catalogue JE 46278)  est gravé d' étoiles de qui indique certainement qu'elle faisait partie d'un plafond.

La statue représente deux enfants nus, un garçon et une fille, portant respectivement les attributs du soleil et de la lune. Une de leurs mains est posée sur l'épaule de son compagnon, tandis que l'autre tient des serpents dont les anneaux s'enroulent autour de leurs jambes et sur le socle de la statue. Lesquels serpents, d'après Mme Capriotti, seraient deux cobras représentant également le soleil et la lune. Les deux disques sont décorés de l'œil oudjat. Les visages ne sont malheureusement pas très bien conservés mais on peut noter que le garçon a les cheveux bouclés et une tresse sur le côté droit de la tête, et que la chevelure de la jeune fille est coiffée en « côtes de melon », coiffure très en vogue sous le règne de Cléopâtre VII.

La statue a été datée de 50 à 30 avant JC. Sachant que les jumeaux de Cléopâtre sont nés en 40 avant JC, le calendrier correspond. Mais ce n'est pas tout. Le choix iconographique de la lune et du soleil rappellent bien sûr les noms de « Séléné » (déesse grecque de la lune) et d'Hélios (incarnation grecque du soleil).

L'étreinte des jumeaux, explique l'égyptologue, pourrait suggérer une éclipse solaire. Lorsque Marc Antoine reconnaît ses jumeaux, trois ansCleopatra-Selene-Juba.jpg après leur naissance, l'événement est marqué par une éclipse solaire ! C'est à ce moment que Cléopâtre ajoute aux noms de ses enfants Hélios pour Alexandre et Séléné pour Cléopâtre.

Si cette statue représente bien les jumeaux, elle constitue la première représentation des deux ensemble jamais découverte. La seule autre image que nous ayons de Séléné est celle d'une adulte ; elle est représentée sur les monnaies frappées pendant son règne en Mauritanie. Alexandre Hélios ne semble pas avoir survécu jusqu'à l'âge adulte, pas plus que son frère cadet Ptolémée Philadelphe.

Après les suicides de leurs parents, les trois enfants de Cléopâtre et de Marc Antoine furent emmenés à Rome par Octave en 30 avant notre ère. Enchaînés, ils furent exposés aux regards de la foule lors du « triomphe » d'Octave. Confiés ensuite à Octavie, la sœur de l'empereur romain (et accessoirement  la troisième épouse d'Antoine !) Les garçons meurent prématurément (de mort naturelle ? empoisonnés ?) tandis que leur sœur Séléné est mariée au roi Juba de Maurétanie. Elle est une dirigeante accomplie et puissante, travaillant aux côtés de son époux. Les pièces de monnaie de cette époque la représentent au revers du portrait de son mari, ce qui est peu courant !

Séléné a même nommé son fils « Ptolémée », se conformant aux coutumes maternelles alors que la tradition dictait plutôt de donner aux fils le nom de leur père ou au moins d'y inclure une référence à la lignée paternelle.

Pour resituer Séléné et son frère dans l'histoire, je recommande la lecture des livres de Françoise Chandernagor: Les enfants d'Alexandrie et Les Dames de Rome  parus chez Albin Michel.

12:24 Publié dans NOUVELLES DE L'EGYPTOLOGIE

samedi, 14 avril 2012

Des tombes grecques et byzantines mises au jour à Alexandrie

Des archéologues égyptiens ont mis au jour quatre tombes rupestres des époques grecque et byzantine dans l'ancienne nécropole orientale d'Alexandrie, mettant terme à des projets de constructions résidentielles.

Les tombes ont révélé des urnes funéraires, des vases à parfum et des lampes. La plus importante de ces tombes date de l'époque gréco-romaine. Elle comprend une cour ouverte avec deux colonnes en son milieu. Deux puits funéraires, emplis de squelettes humains et de pots d'argile ont également été découverts. Une urne funéraire décorée, contenant des restes humains incinérés a été mise au jour avec une pierre tombale portant le nom du défunt. Les murs portent encore des couches de plâtre et des traces de peinture rouge. La deuxième tombe, qui possède huit niveaux, se trouve sous un bâtiment moderne. Les autres se trouvent à un niveau plus profond et renferment une collection de lampes d'argile et des pots de différentes tailles et formes.

Parmi les débris, les archéologues ont découvert une petite tombe destinée à une femme et à son fils, datant de la fin de la période romaine

Après la découverte, la zone est désormais déclarée site archéologique protégé et tous les travaux de construction y sont  interdits.

 

 

 

15:55 Publié dans ARCHEOLOGIE, FOUILLES

Semaine du 11 au 17 avril 2012, numéro 917

Voyages

Palais Présidentiels. Certains seront ouverts dès l’année prochaine aux visiteurs, selon le Conseil suprême des antiquités. L’Egypte en compte une vingtaine, dont plusieurs en excellent état.

Des joyaux a exploiter

Dans de nombreux pays, les palais royaux ou présidentiels sont des lieux de visite ouverts aux touristes. C’est le cas notamment en Angleterre avec le Palais de Buckingham, et aux Etats-Unis avec la Maison Blanche, en partie ouverte au public. En Egypte, les palais présidentiels sont des lieux fermés et hors de portée de la population. Une situation qui va désormais changer. C’est du moins ce qu’affirme Moustapha Amin, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA). « Jusqu’à présent, les palais présidentiels en Egypte dépendaient de la présidence de la République et non pas du CSA ou du ministère d’Etat pour les Antiquités. Nous n’avions le droit ni de les inscrire en tant que monuments, ni de les mettre sur la carte des visites historiques. Mais cette situation va changer. Après la révolution, un comité a été formé pour recenser ces palais : les bâtiments, les éléments architecturaux, les pièces antiques, etc. », explique Moustapha Amin.

Parmi les plus célèbres palais présidentiels en Egypte figurent notamment les palais d’Abdine, d’Al-Orouba, d’Al-Qobba, d’Al-Tahra au Caire, ceux de Montaza et de Ras Al-Tine à Alexandrie. Bien que ces palais relatent des périodes riches de l’histoire de l’Egypte moderne, ils ne sont jusqu’à présent pas exploités sur le plan touristique.

Selon Moustapha Amin, le CSA ne pouvait pas demander que ces palais soient répertoriés comme antiquités car les procédures étaient trop compliquées. « Seuls deux palais sont répertoriés comme antiquités et ceci à la demande de la présidence, à savoir celui de Abdine en 1992 et celui d’Al-Orouba en 2002 », indique Amin.

Il ajoute qu’il avait, en 2008, présenté un projet à Zahi Hawas, à l’époque secrétaire général du CSA, pour ouvrir une partie des palais présidentiels à la visite, au moins aux VIP, et à la tenue de grandes cérémonies comme celles qui ont parfois lieu dans la salle dorée du Palais de Mohamad Ali à Manial. Surtout que la plupart des palais servent aujourd’hui de locaux administratifs aux employés de la présidence. « J’avais expliqué dans ma demande comment on pouvait assurer la sécurité de ces lieux pendant de telles cérémonies qui sont très demandées dans le monde entier et qui sont très rentables pour le pays. Zahi Hawas avait, à son tour, présenté le projet aux responsables de l’ancien régime qui l’ont complètement refusé en évoquant des raisons sécuritaires », assure Amin.

Outre les palais présidentiels, il y a en Egypte une panoplie de palais historiques qui ne sont pas exploités sur le plan touristique comme le Palais de Mohamad Ali à Choubra ou celui de Manesterli à Manial, au Caire. Bien que ces monuments, comme beaucoup d’autres, aient été restaurés et rénovés, ils restent inconnus aux étrangers et des Egyptiens eux-mêmes.

Atouts touristiques

« Les palais historiques ont suscité ces dernières années l’intérêt des archéologues et des restaurateurs qui ont collaboré à la réfection de ces chefs-d’œuvre. C’est dommage de ne pas en profiter », souligne Magdi Sélim, directeur du département du tourisme interne à l’Organisme de la promotion touristique.

Il ajoute que ces trésors architecturaux doivent favoriser en Egypte un nouveau genre de tourisme, celui des visites de palais. Mais aucun de ces palais ne figure sur la carte touristique de l’Egypte. Ce genre de visite touristique marche très bien en Europe. « Les gouvernements accordent un grand intérêt aux palais royaux en Europe. Ils sont considérés comme un important atout touristique », affirme Wessal Alameddine, professeure d’études touristiques à la faculté de tourisme et d’hôtellerie de l’Université de Hélouan.

Elle ajoute que le tourisme des palais est une forme de tourisme culturel, puisque ces palais relatent une partie de l’histoire du pays, tout en donnant une idée sur l’architecture et l’art d’une période historique particulière. Elle donne l’exemple de la Turquie, dont les programmes touristiques portent, en grande partie, sur la visite des palais des califes et des sultans de l’Empire ottoman, comme celui de Topkapi qui ressemble beaucoup à celui de Mohamad Ali à Choubra, ou celui de Delma pacha.

« C’est un genre de tourisme très rentable, puisque le moindre billet pour visiter ces palais coûte entre 40 et 50 dollars. La Turquie, qui reçoit plus de 25 millions de touristes par an, a fait fortune avec le tourisme des palais », assure Alameddine. C’est la même chose en Europe où beaucoup de palais royaux et présidentiels figurent sur les cartes touristiques. C’est le cas en France, en Belgique et en Autriche. En Angleterre, non seulement le Palais de Buckingham peut être visité pendant le mois d’août quand la reine part en vacances au Palais de Balmoral en Ecosse, mais également beaucoup d’autres palais peuvent être visités au cours de l’année, comme le Windsor où les visiteurs peuvent contempler la couronne royale. Il en est de même pour le Hampton Court, qui a été construit par le roi Henri VIII.

Même la Maison Blanche aux Etats-Unis ouvre ses portes pour recevoir les visiteurs et les touristes. L’Egypte possède un grand nombre de palais d’une grande beauté architecturale et des trésors historiques incomparables. Ces palais sont un atout touristique important grâce auquel l’Egypte peut attirer les touristes amateurs d’art, d’architecture et d’histoire.

Dalia Farouq

 

LE MONDE CULTURE ET IDEES | • Mis à jour le

Pilleurs d'Egypte

Depuis la chute d'Hosni Moubarak, les vols sur les sites archéologiques et même dans les musées font l'objet d'intenses trafics.
Depuis la chute d'Hosni Moubarak, les vols sur les sites archéologiques et même dans les musées font l'objet d'intenses trafics. | AP/Ben Curtis

Assise au bord du Nil, Ilka Klose contemple avec sérénité le soir qui tombe sur son chantier de fouilles de l'île Eléphantine, au sud de l'Egypte. Sur l'autre rive, le désert mordoré d'Assouan déploie ses courbes qui regorgent de sépultures inexplorées. Les felouques s'esquivent, les ibis s'envolent, une paix envahit le paysage. Un calme trompeur. Ilka se blottit au fond de son fauteuil en osier : "Quand la nuit tombe, la dune est envahie par des chercheurs de trésor s", commente placidement la jeune archéologue allemande en dépliant le papier d'un caramel.

A un millier de kilomètres de la place Tahrir, la révolution égyptienne n'a eu qu'un écho lointain. Les quinze jours du soulèvement qui ont fait trembler Le Caire n'ont pas eu raison du gouverneur, pourtant controversé, de cette province de Haute-Egypte. Mais elle a réveillé les espoirs d'une foule hétéroclite de pilleurs de tombes et de trafiquants qui, depuis un an, se pressent sur la "coupole des vents", une colline rocheuse qui abrite les tombes des dignitaires de l'Ancien Empire et des sépultures romaines.

"Depuis la révolution, les gens creusent comme des fous sur la rive occidentale d'Assouan, confirme Adel Kelany, inspecteur au Conseil suprême des antiquités de l'Egypte (CSA). Des trafiquants professionnels, mais aussi de simples habitants. Ils deviennent fous quand ils trouvent une tombe, c'est plein de momies ! Dans le vieil Assouan, ils creusent dans leurs maisons des tunnels de neuf mètres de long... dans le granit. La plupart du temps, ils ne trouvent rien, quelques poteries, mais ça fait beaucoup de morts (en raison d'accidents divers car il s'agit de travaux menés par des amateurs sans expérience) et de dégâts : en creusant leurs tunnels, ils détruisent des inscriptions gravées dans la pierre."

Certes, les pilleurs ont dû modérer leurs ambitions. Dix jours après la chute d'Hosni Moubarak, en février 2011, il était encore possible, à Assouan, d'envisager d'arracher à une carrière de granit rose une statue de Ramsès II de 160 tonnes et six mètres de haut à coups de marteau-piqueur. A Saqqarah, des bas-reliefs ont été découpés à la scie. Les grands sites de Louxor et d'Assouan ont échappé aux voleurs. Mais dans les zones reculées, de nombreuses tombes et magasins archéologiques ont été pillés par des ouvriers des chantiers, notamment au nord de l'Egypte. A Gizeh, à Saqqarah, Dachour, Abousir, Kafr El-Cheikh, à Beheira, dans le delta du Nil, dans le Sinaï, à Alexandrie, Ismaïlia, Sharqiya et Abydos, les pillages nocturnes se sont multipliés. Ce qui fait beaucoup...

Même les nombreux musées du Caire n'ont pas été épargnés : "Pendant la révolution, on vendait des bibelots et du mobilier national venant de musées historiques sur le trottoir pour 30 ou 40 livres (moins de 4 et 5 euros), déplore Christian Leblanc, célèbre archéologue français chargé du chantier du Ramesseum, à Louxor. Heureusement, des Egyptiens cultivés ont racheté ces biens patrimoniaux pour les restituer au Conseil suprême des forces armées."

Plus d'un an après la révolution, l'inventaire des vols et des destructions est inachevé. Et si de nombreux chantiers ont repris, l'Egypte est toujours confrontée à d'importants problèmes de sécurisation des sites. Beaucoup d'inspecteurs sont incapables de défendre leurs magasins et de sécuriser les zones qu'ils découvrent. Pour tenter d'enrayer le trafic, le Conseil international des musées (ICOM), à Paris, vient de publier une "liste rouge d'urgence des biens culturels égyptiens en péril". Pour l'instant, seule une typologie des objets menacés (statues, vases, objets de la vie quotidienne) a été fixée afin que les douaniers aient l'oeil. Mais une liste "de 100 à 300 objets précis", répertoriés, est en préparation, explique Julien Anfruns, directeur de l'ICOM.

Ce dernier fait la liste de toutes ses inquiétudes, en lien direct avec les bouleversements liés à la révolution égyptienne : "Il y a des vols et pillages dans les musées mêmes, et sur les sites, par manque de sécurité. Ensuite, nombre de responsables démissionnent par manque de moyens. Et il y a le manque d'argent lié à la chute de 80 % du tourisme depuis un an." Un exemple : sur les 15 dollars (plus de 11 euros) que coûte un visa touristique, 2 dollars sont prélevés pour financer les sites et les musées de Nubie, à Assouan notamment. "Vous imaginez la perte d'argent !", s'inquiète Julien Anfruns.

L'un des problèmes qui menacent aujourd'hui les sites archéologiques est la multiplication des constructions illégales, qui fleurissent jusqu'au pied des pyramides, comme à Saqqarah. C'est aussi le cas à Assouan, où, en face du cimetière fatimide, Adel Kelany supervise tant bien que mal des fouilles sur un terrain enclavé entre une zone d'habitation et le garage d'un constructeur immobilier. Accroupi sur un gros rocher qui émerge de la boue au milieu des camions et des grues, il tente laborieusement de déchiffrer des inscriptions antiques dans le brouhaha des véhicules qui vont et viennent.

"Après la révolution, les gens se sont mis à construire sans permis dans cette zone archéologique, raconte l'inspecteur au Conseil suprême des antiquités. Avant, lorsque cela se produisait, on allait chercher la police, mais là, il n'y en a plus. Parfois, le Conseil suprême des antiquités nous envoie deux gardiens, mais que voulez-vous faire avec deux gardiens ? On a même tenté de nous voler les pierres du muret de protection du site ! Et encore, nous ne sommes pas les plus embêtés : dans le chantier d'à côté, un type armé vient toutes les deux heures menacer la mission et vendre des morceaux du terrain de fouilles qui ne lui appartient pas. L'an dernier, j'ai demandé que toute la ville d'Assouan soit protégée comme zone archéologique. J'attends la décision. Mais pour le gouvernement, l'exploitation des carrières de granit rapporte beaucoup plus d'argent que les fouilles que nous y menons."

Agents immobiliers improvisés, promoteurs avides, agriculteurs, mal-logés, commerçants : une cohorte encombrante est venue compliquer le travail des archéologues et leurs rapports avec la population. Les spécialistes s'accordent à voir dans ces actes le manque de conscience de certains Egyptiens vis-à-vis du patrimoine archéologique. "Il n'y a pas eu que des vols, précise Christian Leblanc. Mais aussi beaucoup de saccages et d'actes de vandalisme." Au Musée du Caire, 70 objets ont été endommagés ou détruits. A Tell el-Maskhuta, près d'Ismaïlia, la tombe de Ken-Amun (XIXe dynastie) a été détruite, comme celle d'Impy, sur le plateau de Gizeh. A l'inverse, de nombreux sites, tel le Ramesseum de Louxor, ont été protégés par la population et les autorités locales.

Pour comprendre le rapport ambigu qu'entretiennent les Egyptiens avec leur patrimoine et avec les archéologues, certains n'hésitent pas à mettre en cause la politique culturelle du régime Moubarak. "Au cours des deux décennies qui ont précédé la révolution, les monuments de l'Egypte ancienne ont été transformés en marchandises pour attirer les devises des touristes du monde entier. Ce processus a donné à beaucoup d'Egyptiens le sentiment que leur héritage n'était pas à eux et explique, selon moi, en grande partie ce vandalisme", estime Megan Rowland, diplômée en philosophie de l'archéologie à l'université de Cambridge, en Angleterre.

L'arrivée, en 2002, du célèbre et controversé Zahi Hawass - il était parfois surnommé Indiana Jones - à la tête du Conseil suprême des antiquités de l'Egypte a favorisé l'idée d'une réappropriation par les Egyptiens de leur patrimoine, au détriment parfois de missions étrangères, mais sans pour autant impliquer et intéresser les riverains à la gestion des sites archéologiques. Outre une série de demandes fracassantes de restitution d'oeuvres, adressées notamment à la France et à l'Allemagne, Zahi Hawass a certes fait passer en février 2010 une loi annulant le quota de 10 % de biens que les missions étrangères avaient l'habitude de prélever sur leurs découvertes. Mais sa gestion opaque et autoritaire a surtout eu pour but de lever des fonds internationaux au prix d'opérations spectacles qui ont accentué le malentendu avec les populations locales.

"Zahi Hawass incarnait cette idée que les Egyptiens contrôlent leur patrimoine, explique Mohamed El-Shahed, doctorant à l'université de New York et spécialiste de l'architecture égyptienne. Mais ce contrôle s'est traduit par une politique sécuritaire, qui a abouti en réalité à écarter la population des antiquités au profit des touristes." Du nord au sud, les riverains des sites archéologiques gardent un souvenir amer de l'agressivité et de la mégalomanie de Zahi Hawass. Ce dernier a, par exemple, chassé les chameliers de Gizeh, accusés selon lui de "transformer les pyramides en zoo". Sur la colline de Gournah, à Louxor, l'expulsion en 2005 de 20 000 habitants et la destruction de leurs maisons ancestrales au motif qu'elles étaient construites sur des tombes a traumatisé la population, dont une partie a tenté de se réinstaller sur le site après la révolution.

Entre 2009 et 2010, les autorités ont aussi fait construire un mur autour de la zone archéologique de Malqatta, à Louxor, pour repousser les cultivateurs qui grignotaient progressivement le site du palais d'Aménophis III. Sans scrupule, ils ont emmuré le village et sa palmeraie qui étaient depuis des siècles intimement mêlés aux ruines et donnaient au lieu un cachet unique. "Au départ, le projet était de construire de simples petits murets en pierre avec une rambarde métallique, raconte Christian Leblanc, et cela s'est transformé en un mur en béton de deux à trois mètres de haut ; une monstruosité qui enlaidit un paysage exceptionnel, supprime un magnifique panorama et a coûté une fortune."

Un an après la révolution, les Egyptiens n'en finissent pas de découvrir les dégâts causés par la gestion de l'ancien régime. En mai 2011, la directrice du département d'archéologie de l'université du Caire, Azza Farouq, est tombée nez à nez avec 3 000 pièces, non enregistrées, dissimulées dans les toilettes du musée de la faculté : "Elles étaient là depuis les années 1980. Le directeur du musée n'était pas au courant, il m'a dit que c'étaient des pièces sans intérêt. Après vérification, il s'est avéré qu'elles étaient de grande valeur." Mais les ruines et les antiquités ne sont pas les seules victimes des bouleversements qui agitent le pays. Dans une Egypte en pleine révolution culturelle, une nouvelle génération d'archéologues, d'activistes et d'intellectuels critique les "barbons" du Conseil suprême des antiquités, et cherche à se réapproprier un patrimoine qui alimente depuis des siècles les fantasmes du pouvoir et l'intérêt des puissances étrangères.

Attablés à un café du Caire, Ahmed Abd El-Halim et Ahmed Sharaawy jubilent. La révolution est pour eux une occasion inespérée de prendre leur revanche. Trois jours seulement après la chute de Moubarak, ils ont fondé la Coalition des archéologues libres, afin de dénoncer la corruption du Conseil suprême des antiquités en Egypte, la discrimination dont ils estiment avoir été victimes depuis des années, et l'inégalité de leurs conditions de travail en comparaison avec les archéologues étrangers. "Depuis dix ans, le régime a éloigné les archéologues égyptiens des sites. En sortant de la fac, on n'avait aucune occasion de travailler sur le terrain. La plupart d'entre nous finissaient gratte-papier dans un bureau ou dans la sécurité, sans contact avec l'archéologie. Et encore, même ces postes-là, il fallait les acheter ou trouver un piston. Le CSA était gangrené par la corruption. La plupart des fonctionnaires ont acheté leur poste et pistonné leurs proches. Depuis 1999, ils n'ont pas embauché un seul archéologue égyptien, seuls ceux qui étaient proches de Zahi Hawass s'en sont sortis. Et quand on nous offrait un poste d'inspecteur, c'était un contrat précaire payé une misère : 500 livres mensuelles (63 euros)."

Au lendemain de la révolution, le Conseil suprême a été assailli de réclamations par des employés demandant des embauches, des contrats permanents et une revalorisation des salaires. Près de 20 000 inspecteurs ont réclamé leur titularisation. Face à l'ampleur de la mobilisation, l'institution à la direction vieillissante a été confrontée à une crise administrative et financière sans précédent. Les quatre directeurs qui se sont succédé depuis le départ de Zahi Hawass, en juin 2011, ne sont pas parvenus à limiter l'endettement de la maison. D'autant que le pays vit durement la chute des revenus du tourisme. Contraint d'emprunter, le CSA devrait plus de 1 milliard de livres au gouvernement pour payer les salaires de ses effectifs pléthoriques. Sur ses 50 000 employés, beaucoup n'ont pas d'attribution.

De quoi refroidir les ambitions des jeunes archéologues égyptiens, peu armés face au savoir de leurs collègues étrangers. "Il y a un gros problème de formation, estime Khaled El-Enany, professeur à l'université d'Helwan (dans la banlieue du Caire) et chercheur à l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO). Pour un Egyptien, faire une thèse en archéologie est très difficile pour des raisons économiques. Et toutes les sources sont en langue étrangère. Plus de neuf articles sur dix sont en anglais ou en allemand. Les Egyptiens doivent prendre des cours de "français archéologique" pour être au niveau ! Mais le problème central, c'est qu'il n'existe pas en Egypte d'institut de recherche en égyptologie, comme le CNRS en France. Le statut de "chercheur en égyptologie" n'existe pas. Au mieux, vous pouvez vous retrouver professeur, inspecteur ou photographe de chantier. Mais on ne peut pas comparer le niveau d'un chercheur à plein temps avec celui d'un enseignant qui donne quinze heures de cours par semaine. Ce qu'il faut, c'est créer un institut où les égyptologues égyptiens et étrangers puissent travailler ensemble. Pour contrer le discours méprisant de certains collègues occidentaux, il faut donner plus de moyens et de formations aux chercheurs égyptiens."

Les conséquences humiliantes de cette situation sont connues : sur les 63 tombes découvertes dans la vallée des Rois, aucune n'a été exhumée par une équipe égyptienne. La dernière en date, en janvier, a été mise au jour par une équipe suisse. Sensible à cette injustice et troublé par l'incapacité des instituteurs à répondre aux questions des écoliers qui étaient en visite sur son chantier du Ramesseum, Christian Leblanc, en collaboration avec des égyptologues égyptiens, publie une collection complète de plaquettes éducatives distribuées aux enfants. En poste depuis quarante ans, ce Français attend avec impatience la fin de la période de transition politique. Le premier gouvernement issu des rangs du Parlement sera-t-il favorable aux missions étrangères ? Restera-t-il ouvert aux collaborations internationales ou adoptera-t-il une approche nationaliste de la gestion du patrimoine ? "Certes, Zahi Hawass allait à l'encontre des relents néocolonialistes de certains archéologues étrangers, estime Christian Leblanc. Son mot d'ordre, c'était : l'Egypte aux Egyptiens. S'il n'y a rien à redire sur ce point, il n'a pas pris conscience, en revanche, que beaucoup de missions étrangères font un énorme travail de conservation et de valorisation, sans compter la part consacrée à la formation. Au Ramesseum, nous employons 180 ouvriers sur 10 hectares de fouilles et participons, depuis des années, à l'encadrement de jeunes chercheurs égyptiens. Le discours de Zahi Hawass était complètement décalé par rapport à la réalité. Le patrimoine égyptien n'est pas seulement national : il appartient à l'histoire de l'humanité. Mais je suis confiant : les jeunes qui viendront après lui seront plus modérés si nous avons la volonté d'insuffler un véritable partenariat prenant en compte leurs besoins."

Aujourd'hui, une menace islamiste sur le patrimoine archéologique est largement balayée. Les déclarations du cheikh salafi Abdel Moneim Al-Shehat, qui a prétendu recouvrir de cire ou de draps les statues antiques, ont été désavouées par son propre parti (Al-Nour). Tout au plus les salafistes se bornent-ils à souligner que les ruines ne sont pas une priorité. "Le fait que les gens votent islamiste dans les zones touristiques prouve que les islamistes ne sont pas perçus comme une menace pour les antiquités", affirme, confiant, Ahmed Abd El-Halim, l'un des fondateurs des Archéologues égyptiens libres. Partout en Egypte, l'ardeur avec laquelle les jeunes révolutionnaires s'emparent de la référence pharaonique est sans précédent dans l'histoire du pays. Elle résonne d'un espoir dont le souffle créatif témoigne d'une attention renouvelée au patrimoine. Les figures de pharaon, les monuments comme l'obélisque sont détournés à des fins critiques contre le régime militaire. A l'occasion du premier anniversaire de la révolution, le 25 janvier, les révolutionnaires ont présenté, place Tahrir, un obélisque en bois de 40 mètres de haut décoré du nom des martyrs assassinés par l'armée depuis le début du soulèvement.

Face aux figures antiques valorisées par l'ancien régime depuis Nasser, comme le roi Ménès, artisan de l'unification du royaume trois millénaires avant l'ère chrétienne, c'est désormais celle de Maât, déesse de l'harmonie sociale et politique, qui est présentée comme présidant aux destinées de la révolution.

Publié le 21/03/12 Par Elodie D.

Toutankhamon, son Tombeau et ses trésors au Parc des Expositions de Paris

Toutankhamon son Tombeau et ses trésors, exposition Toutankhamon Porte de Versailles, exposition Toutankhamon Parc des Expositions Versailles, exposition Toutankhamon Paris 2012, toutankhamon exposition Masque funéraire |  Masque funéraire en or du pharaon Toutankhamon © DR Original en or massif avec incrustations de pâte de verre et de gemmes" H. 54 cm.
L'exposition internationale Toutankhamon, son Tombeau et ses Trésors s'installe enfin à Paris du 12 Mai au 1er Septembre 2012. A cette occasion, le Pavillon 8 de la Porte de Versailles abritera une reconstitution grandeur nature des trésors retrouvés dans le tombeau du célèbre pharaon... Un événement mondial à ne rater sous aucun prétexte !

Toutankhamon, son Tombeau et ses Trésors est l'une des expositions les plus impressionnante de notre génération : du 12 Mai au 1er Septembre 2012, c'est à la Porte de Versailles que tout A lieu...

Pour cet événement, plus de 4500m2 seront consacrés à Toutankhamon, l'un des derniers pharaon dont la malédiction est aussi connue que son Masque funéraire en Or ! Aussi, la scénographie exceptionnelle est à noter car l'exposition nous plonge à l'époque de la découverte du tombeau par Howard Carter en 1922.

A travers cette exposition, nous découvrons les joyaux de Toutankhamon, ceux qu'il choisit de conserver dans l'au-delà : près de 3millénaires plus tard, ces pièces uniques permettent de mieux identifier ce que pouvait être la vie en Egypte antique.

Ainsi, l'exposition se consacre à présenter de manière fidèle trois chambres funéraires, grâce à la reconstitution de plus de 1000 objets trop précieux pour être transportés hors Egypte : son char doré, le tombeau de ses enfants son trône ainsi que son masque funéraire trôneront à côté de la reconstitution de son tombeau, entièrement présenté pour l'occasion !

L'exposition consacrée à Toutankhamon, dit-on, offre des sensations exceptionnelles, les mêmes sensations que Carter a ressenti en découvrant le lieu " les détails de la pièce émergèrent lentement de la pénombre : des animaux étranges, des statues et de l'or – partout le scintillement de l'or "...

Ne manquez pas l'évènement Toutankhamon, son tombeau et ses trésor au Pavillon 8 Porte de Versailles
Du 12 Mai au 1er Septembre 2012,
Horaires : 11h-19h | nocturne vendredi jusqu'à 22h | fermé le mardi
Tarifs (audioguide inclus) : 15,90€ | 12,90€ enfant 5-14ans | gratuit -5ans | 52€ famille (2 adultes + 2 enfants)
A Voir : Site de l’évènement ou http://www.francetv.fr/culturebox/les-tresors-des-derniers-pharaons-exposes-a-paris-87651

Crédit photo : Masque funéraire en or du pharaon Toutankhamon © DR Original en or massif avec incrustations de pâte de verre et de gemmes" H. 54 cm.

jeudi, 15 mars 2012

Découvertes en Abydos...

Une statue en bois, une chapelle d'offrandes et des momies d'animaux découvertes à Abydos

Une statue de roi en bois, une chapelle à offrandes privée, un bâtiment monumental et des reste de plus de 80 momies d'animaux ont été trouvés en juin-juillet 2011 par une équipe dirigée par l'Université de Toronto à Abydos, en Egypte. Ces découvertes révèlent des informations étonnantes sur l'activité rituelle associée aux grands dieux.

Le Professeur Mary-Ann Pouls Wegner du Département des Civilisations du Proche et Moyen-Orient a présenté les résultats de son équipe lors d'une réunion récente de la Société pour l'Etude des Antiquités égyptiennes. La statue est l'une des très rares statues royales en bois existantes; elle pourrait représenter la reine Hatchepsout. Celle-ci a souvent été sculptée dans la pierre en tant qu'homme car le pharaon égyptien était censé être le fils du dieu Amon-Rê.

Mais cette statue qui a une petite taille et une mâchoire délicate, dénote un aspect féminin. Elle a dû servir à une procession cérémonielle au cours de laquelle les statues en bois des ancêtres royaux (les esprits des rois) et des dieux étaient menés dans des naos naviformes par des prêtres du temple d'Osiris vers son tombeau.

La procession faisait partie d'un festival célébrant la vie après la mort du dieu Osiris. Les égyptiens, à tous les niveaux de la société, construisaient des chapelles et des monuments le long de la voie processionnelle; c'était un moyen d'assurer leur participation éternelle au festival et de s'identifier avec Osiris. Il était cependant interdit de construire trop près de la route et les contrevenants se voyaient menacés de la peine de mort.

La chapelle d'offrandes mise au jour par l'équipe serait celle d'une personne de l'élite; elle date du Moyen Empire et se trouve à la limite de l'endroit où passait la route. "La chapelle d'offrandes prouve que les gens, sans doute ceux de l'élite, étaient en mesure de construire des monuments juste à côté de la voie processionnelle sous le Moyen Empire; et, qu'au moins une de ces chapelle a été épargnée dans cette agglomération de plus en plus densément peuplée; elle a même continué à recevoir des offrandes jusqu'à 800 ans après sa construction initiale" explique Pouls Wegner.

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Une structure beaucoup plus grande a également été découverte: ce pourrait être un temple ou une chapelle royale de l'époque ramesside. Longtemps après sa construction initiale, la structure a été réutilisée comme dépôt pour des momies d'animaux. Les chercheurs y ont constaté une masse d'ossements d'animaux et de fragments de lin. Deux chats, trois moutons ou chèvres, et au moins quatre-vingt trois chiens, chiots et adultes, ont été découverts. Plusieurs de ces animaux avaient été guéris de leurs blessures, ce qui suggère qu'ils avaient été soignés avant d'être sacrifiés, sans doute pour le dieu Oupouaout, qui était une divinité importante dans le festival d'Osiris en tant que leader de la procession et protecteur de la nécropole.

 Source: •University of Toronto: "March 12, 2012 - Statue, chapels and animal mummies found in Egypt by U of T team"

D'autres photos ICI

18:14 Publié dans ARCHEOLOGIE, FOUILLES

mardi, 13 mars 2012

Pillage et destruction

A Arab al Manasra, au nord de Louqsor, dix personnes ont été enterrées vivantes sous le sol d'une maison qu'ils étaient en train de creuser illégalement. Les secours, appelés pour tenter de retrouver les corps, ont également signalé deux blessés. Le désir de se procurer de l'argent facilement incite un grand nombre de personnes à pratiquer des fouilles illégales dans des lieux archéologiquement riches, comme Louqsor, Assouan, Saqqara...

Le pillage massif de sites archéologiques en Egypte continue alors que les forces de sécurité ferment les yeux. Après la révolution, des artefacts sans prix ont été volés au Musée du Caire aussi bien que dans d'innombrables entrepôts dispersés dans tout le pays. Aujourd'hui le pillage incessant de sites archéologiques importants, rend la situation d'autant plus critique que ces  sites sont souvent éloignés et protégés par des gardes mal payés qui semblent incapables ou peu disposés à interrompre ces malversations.

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Dr Carol Redmount

C'est le cas du site d'El-Hibeh, sur la rive est du Nil, dans une zone particulièrement pauvre, à trois heures de route au sud du Caire. Ce site archéologique occupe environ deux kilomètres carrés, inclut des nécropoles et les ruines d'une ville fortifiée renfermant un temple en calcaire, des bâtiments économiques, des maisons et peut-être un fort et une résidence de gouverneur. Les vestiges datent de la période pharaonique tardive, ainsi que des périodes gréco-romaine, copte et islamique, soit d'environ le XIe siècle av. JC jusqu'au VIIIe siècle de notre ère. El Hibeh a une importance particulière car c'est l'une des rares villes relativement intactes qui restent en Egypte, et parce qu'elle possède de nombreux témoignages de la Troisième Période Intermédiaire, une époque particulièrement peu connue archéologiquement.  

 
Le Dr Carol Redmount, archéologue de l'Université de Berkeley est arrivée en Egypte en février pour reprendre son travail sur le site, après avoir obtenu son permis du Conseil suprême des Antiquités qui contrôle toutes les fouilles dans le pays. Vingt-quatre heures avant son départ vers l'Egypte, son permis a été annulé par la police provinciale, sans aucune explication. Des enquêtes ont permis de révéler qu'un gang semblable à la mafia, mené par un criminel reconnu coupable, pille impitoyablement le site depuis au moins le mois de juin 2011. Le Conseil suprême des Antiquités a été incapable de mettre fin à ce pillage, malgré des appels répétés de la police locale. Les voleurs opèrent aux yeux de tous et sans discontinuer. Carol Redmount n'a été autorisée ni à visiter le site ni à reprendre son travail.

« El-Hibeh est un site extrêmement important pour la compréhension de la Troisième Période Intermédiaire, une période particulièrement confuse de l'histoire, pour laquelle les ressources archéologiques sont très limitées. Si l'archéologie constitue une destruction contrôlée, le pillage est une simple destruction. Il fait disparaître une ressource culturelle irremplaçable, non renouvelable, qui appartient à l'humanité » dit le Dr Redmount. Son équipe de six chercheurs est actuellement empêchée de poursuivre son travail pour lequel elle avait reçu le permis des autorités égyptiennes. Cela lui coûte des dizaines de milliers de dollars de subventions perdues.

«  Notre préoccupation principale est bien sûr la perte inestimable de précieuses découvertes archéologiques. A l'heure où nous parlons, nous sommes en train de perdre ce site... » ajoute le Dr Redmount

Une évaluation des dégâts sur le site a été faite par des visiteurs qui ont envoyé quelques photos à Carol Redmount, y compris des images de pillage en cours.

 Peut-on y faire quelque chose ? Qui ne risque rien n'a rien...Le Dr Redmount nous incite à réagir:

What you can do:

To help, please contact your local Egyptian consulate and your national Egyptian Embassy's cultural and educational affairs office to request protection for Egypt's archaeological sites.

11:57 Publié dans L'EGYPTE AUJOURD'HUI

mardi, 13 mars 2012

De vastes opérations de pillage menacent le patrimoine égyptien

Je reproduis ici l'article de Claire Talon paru dans "Le Monde" du 11 mars 2012. La journaliste fait le point sur le pillage et le vandalisme qui sévissent à travers le pays:

A un millier de kilomètres de la place Tahrir, la révolution égyptienne n'a eu qu'un écho lointain. Les quinze jours du soulèvement qui ont fait trembler Le Caire n'ont pas eu raison du gouverneur, pourtant controversé, de cette province de Haute-Egypte. Mais elle a réveillé les espoirs d'une foule hétéroclite de pilleurs de tombes et de trafiquants qui, depuis un an, se pressent sur la "coupole des vents", une colline rocheuse qui abrite les tombes des dignitaires de l'Ancien Empire et des sépultures romaines.

"Depuis la révolution, les gens creusent comme des fous sur la rive occidentale d'Assouan, confirme Adel Kelany, inspecteur au Conseil suprême des antiquités de l'Egypte (CSA). Des trafiquants professionnels, mais aussi de simples habitants. Ils deviennent fous quand ils trouvent une tombe, c'est plein de momies ! Dans le vieil Assouan, ils creusent dans leurs maisons des tunnels de neuf mètres de long... dans le granit. La plupart du temps, ils ne trouvent rien, quelques poteries, mais ça fait beaucoup de morts (en raison d'accidents divers car il s'agit de travaux menés par des amateurs sans expérience) et de dégâts : en creusant leurs tunnels, ils détruisent des inscriptions gravées dans la pierre."

Certes, les pilleurs ont dû modérer leurs ambitions. Dix jours après la chute d'Hosni Moubarak, en février 2011, il était encore possible, à Assouan, d'envisager d'arracher à une carrière de granit rose une statue de Ramsès II de 160 tonnes et six mètres de haut à coups de marteau-piqueur. A Saqqarah, des bas-reliefs ont été découpés à la scie. Les grands sites de Louxor et d'Assouan ont échappé aux voleurs. Mais dans les zones reculées, de nombreuses tombes et magasins archéologiques ont été pillés par des ouvriers des chantiers, notamment au nord de l'Egypte. A Gizeh, à Saqqarah, Dahchour, Abousir, Kafr El-Cheikh, à Beheira, dans le delta du Nil, dans le Sinaï, à Alexandrie, Ismaïlia, Sharqiya et Abydos, les pillages nocturnes se sont multipliés. Ce qui fait beaucoup...

Même les nombreux musées du Caire n'ont pas été épargnés : "Pendant la révolution, on vendait des bibelots et du mobilier national venant de musées historiques sur le trottoir pour 30 ou 40 livres (moins de 4 et 5 euros), déplore Christian Leblanc, célèbre archéologue français chargé du chantier du Ramesseum, à Louxor. Heureusement, des Egyptiens cultivés ont racheté ces biens patrimoniaux pour les restituer au Conseil suprême des forces armées."

Plus d'un an après la révolution, l'inventaire des vols et des destructions est inachevé. Et si de nombreux chantiers ont repris, l'Egypte est toujours confrontée à d'importants problèmes de sécurisation des sites. Beaucoup d'inspecteurs sont incapables de défendre leurs magasins et de sécuriser les zones qu'ils découvrent. Pour tenter d'enrayer le trafic, le Conseil international des musées (ICOM), à Paris, vient de publier une "liste rouge d'urgence des biens culturels égyptiens en péril". Pour l'instant, seule une typologie des objets menacés (statues, vases, objets de la vie quotidienne) a été fixée afin que les douaniers aient l'œil. Mais une liste "de 100 à 300 objets précis", répertoriés, est en préparation, explique Julien Anfruns, directeur de l'ICOM.

Ce dernier fait la liste de toutes ses inquiétudes, en lien direct avec les bouleversements liés à la révolution égyptienne : "Il y a des vols et pillages dans les musées mêmes, et sur les sites, par manque de sécurité. Ensuite, nombre de responsables démissionnent par manque de moyens. Et il y a le manque d'argent lié à la chute de 80 % du tourisme depuis un an." Un exemple : sur les 15 dollars (plus de 11 euros) que coûte un visa touristique, 2 dollars sont prélevés pour financer les sites et les musées de Nubie, à Assouan notamment. "Vous imaginez la perte d'argent !", s'inquiète Julien Anfruns.

L'un des problèmes qui menacent aujourd'hui les sites archéologiques est la multiplication des constructions illégales, qui fleurissent jusqu'au pied des pyramides, comme à Saqqarah. C'est aussi le cas à Assouan, où, en face du cimetière fatimide, Adel Kelany supervise tant bien que mal des fouilles sur un terrain enclavé entre une zone d'habitation et le garage d'un constructeur immobilier. Accroupi sur un gros rocher qui émerge de la boue au milieu des camions et des grues, il tente laborieusement de déchiffrer des inscriptions antiques dans le brouhaha des véhicules qui vont et viennent.

"Après la révolution, les gens se sont mis à construire sans permis dans cette zone archéologique, raconte l'inspecteur au Conseil suprême des antiquités. Avant, lorsque cela se produisait, on allait chercher la police, mais là, il n'y en a plus. Parfois, le Conseil suprême des antiquités nous envoie deux gardiens, mais que voulez-vous faire avec deux gardiens ? On a même tenté de nous voler les pierres du muret de protection du site ! Et encore, nous ne sommes pas les plus embêtés : dans le chantier d'à côté, un type armé vient toutes les deux heures menacer la mission et vendre des morceaux du terrain de fouilles qui ne lui appartient pas. L'an dernier, j'ai demandé que toute la ville d'Assouan soit protégée comme zone archéologique. J'attends la décision. Mais pour le gouvernement, l'exploitation des carrières de granit rapporte beaucoup plus d'argent que les fouilles que nous y menons."

Agents immobiliers improvisés, promoteurs avides, agriculteurs, mal-logés, commerçants : une cohorte encombrante est venue compliquer le travail des archéologues et leurs rapports avec la population. Les spécialistes s'accordent à voir dans ces actes le manque de conscience de certains Egyptiens vis-à-vis du patrimoine archéologique. "Il n'y a pas eu que des vols, précise Christian Leblanc. Mais aussi beaucoup de saccages et d'actes de vandalisme." Au Musée du Caire, 70 objets ont été endommagés ou détruits. A Tell el-Maskhuta, près d'Ismaïlia, la tombe de Ken-Amun (XIXe dynastie) a été détruite, comme celle d'Impy, sur le plateau de Gizeh. A l'inverse, de nombreux sites, tel le Ramesseum de Louxor, ont été protégés par la population et les autorités locales.

Pour comprendre le rapport ambigu qu'entretiennent les Egyptiens avec leur patrimoine et avec les archéologues, certains n'hésitent pas à mettre en cause la politique culturelle du régime Moubarak. "Au cours des deux décennies qui ont précédé la révolution, les monuments de l'Egypte ancienne ont été transformés en marchandises pour attirer les devises des touristes du monde entier. Ce processus a donné à beaucoup d'Egyptiens le sentiment que leur héritage n'était pas à eux et explique, selon moi, en grande partie ce vandalisme", estime Megan Rowland, diplômée en philosophie de l'archéologie à l'université de Cambridge, en Angleterre.

L'arrivée, en 2002, du célèbre et controversé Zahi Hawass - il était parfois surnommé Indiana Jones - à la tête du Conseil suprême des antiquités de l'Egypte a favorisé l'idée d'une réappropriation par les Egyptiens de leur patrimoine, au détriment parfois de missions étrangères, mais sans pour autant impliquer et intéresser les riverains à la gestion des sites archéologiques. Outre une série de demandes fracassantes de restitution d'œuvres, adressées notamment à la France et à l'Allemagne, Zahi Hawass a certes fait passer en février 2010 une loi annulant le quota de 10 % de biens que les missions étrangères avaient l'habitude de prélever sur leurs découvertes. Mais sa gestion opaque et autoritaire a surtout eu pour but de lever des fonds internationaux au prix d'opérations spectacles qui ont accentué le malentendu avec les populations locales.

"Zahi Hawass incarnait cette idée que les Egyptiens contrôlent leur patrimoine, explique Mohamed El-Shahed, doctorant à l'université de New York et spécialiste de l'architecture égyptienne. Mais ce contrôle s'est traduit par une politique sécuritaire, qui a abouti en réalité à écarter la population des antiquités au profit des touristes." Du nord au sud, les riverains des sites archéologiques gardent un souvenir amer de l'agressivité et de la mégalomanie de Zahi Hawass. Ce dernier a, par exemple, chassé les chameliers de Gizeh, accusés selon lui de "transformer les pyramides en zoo". Sur la colline de Gournah, à Louxor, l'expulsion en 2005 de 20 000 habitants et la destruction de leurs maisons ancestrales au motif qu'elles étaient construites sur des tombes a traumatisé la population, dont une partie a tenté de se réinstaller sur le site après la révolution.

Entre 2009 et 2010, les autorités ont aussi fait construire un mur autour de la zone archéologique de Malqatta, à Louxor, pour repousser les cultivateurs qui grignotaient progressivement le site du palais d'Aménophis III. Sans scrupule, ils ont emmuré le village et sa palmeraie qui étaient depuis des siècles intimement mêlés aux ruines et donnaient au lieu un cachet unique. "Au départ, le projet était de construire de simples petits murets en pierre avec une rambarde métallique, raconte Christian Leblanc, et cela s'est transformé en un mur en béton de deux à trois mètres de haut ; une monstruosité qui enlaidit un paysage exceptionnel, supprime un magnifique panorama et a coûté une fortune."

Un an après la révolution, les Egyptiens n'en finissent pas de découvrir les dégâts causés par la gestion de l'ancien régime. En mai 2011, la directrice du département d'archéologie de l'université du Caire, Azza Farouq, est tombée nez à nez avec 3 000 pièces, non enregistrées, dissimulées dans les toilettes du musée de la faculté : "Elles étaient là depuis les années 1980. Le directeur du musée n'était pas au courant, il m'a dit que c'étaient des pièces sans intérêt. Après vérification, il s'est avéré qu'elles étaient de grande valeur." Mais les ruines et les antiquités ne sont pas les seules victimes des bouleversements qui agitent le pays. Dans une Egypte en pleine révolution culturelle, une nouvelle génération d'archéologues, d'activistes et d'intellectuels critique les "barbons" du Conseil suprême des antiquités, et cherche à se réapproprier un patrimoine qui alimente depuis des siècles les fantasmes du pouvoir et l'intérêt des puissances étrangères.

Attablés à un café du Caire, Ahmed Abd El-Halim et Ahmed Sharaawy jubilent. La révolution est pour eux une occasion inespérée de prendre leur revanche. Trois jours seulement après la chute de Moubarak, ils ont fondé la Coalition des archéologues libres, afin de dénoncer la corruption du Conseil suprême des antiquités en Egypte, la discrimination dont ils estiment avoir été victimes depuis des années, et l'inégalité de leurs conditions de travail en comparaison avec les archéologues étrangers. "Depuis dix ans, le régime a éloigné les archéologues égyptiens des sites. En sortant de la fac, on n'avait aucune occasion de travailler sur le terrain. La plupart d'entre nous finissaient gratte-papier dans un bureau ou dans la sécurité, sans contact avec l'archéologie. Et encore, même ces postes-là, il fallait les acheter ou trouver un piston. Le CSA était gangrené par la corruption. La plupart des fonctionnaires ont acheté leur poste et pistonné leurs proches. Depuis 1999, ils n'ont pas embauché un seul archéologue égyptien, seuls ceux qui étaient proches de Zahi Hawass s'en sont sortis. Et quand on nous offrait un poste d'inspecteur, c'était un contrat précaire payé une misère : 500 livres mensuelles (63 euros)."

Au lendemain de la révolution, le Conseil suprême a été assailli de réclamations par des employés demandant des embauches, des contrats permanents et une revalorisation des salaires. Près de 20 000 inspecteurs ont réclamé leur titularisation. Face à l'ampleur de la mobilisation, l'institution à la direction vieillissante a été confrontée à une crise administrative et financière sans précédent. Les quatre directeurs qui se sont succédé depuis le départ de Zahi Hawass, en juin 2011, ne sont pas parvenus à limiter l'endettement de la maison. D'autant que le pays vit durement la chute des revenus du tourisme. Contraint d'emprunter, le CSA devrait plus de 1 milliard de livres au gouvernement pour payer les salaires de ses effectifs pléthoriques. Sur ses 50 000 employés, beaucoup n'ont pas d'attribution.

De quoi refroidir les ambitions des jeunes archéologues égyptiens, peu armés face au savoir de leurs collègues étrangers. "Il y a un gros problème de formation, estime Khaled El-Enany, professeur à l'université d'Helwan (dans la banlieue du Caire) et chercheur à l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO). Pour un Egyptien, faire une thèse en archéologie est très difficile pour des raisons économiques. Et toutes les sources sont en langue étrangère. Plus de neuf articles sur dix sont en anglais ou en allemand. Les Egyptiens doivent prendre des cours de "français archéologique" pour être au niveau ! Mais le problème central, c'est qu'il n'existe pas en Egypte d'institut de recherche en égyptologie, comme le CNRS en France. Le statut de "chercheur en égyptologie" n'existe pas. Au mieux, vous pouvez vous retrouver professeur, inspecteur ou photographe de chantier. Mais on ne peut pas comparer le niveau d'un chercheur à plein temps avec celui d'un enseignant qui donne quinze heures de cours par semaine. Ce qu'il faut, c'est créer un institut où les égyptologues égyptiens et étrangers puissent travailler ensemble. Pour contrer le discours méprisant de certains collègues occidentaux, il faut donner plus de moyens et de formations aux chercheurs égyptiens."

Les conséquences humiliantes de cette situation sont connues : sur les 63 tombes découvertes dans la vallée des Rois, aucune n'a été exhumée par une équipe égyptienne. La dernière en date, en janvier, a été mise au jour par une équipe suisse. Sensible à cette injustice et troublé par l'incapacité des instituteurs à répondre aux questions des écoliers qui étaient en visite sur son chantier du Ramesseum, Christian Leblanc, en collaboration avec des égyptologues égyptiens, publie une collection complète de plaquettes éducatives distribuées aux enfants. En poste depuis quarante ans, ce Français attend avec impatience la fin de la période de transition politique. Le premier gouvernement issu des rangs du Parlement sera-t-il favorable aux missions étrangères ? Restera-t-il ouvert aux collaborations internationales ou adoptera-t-il une approche nationaliste de la gestion du patrimoine ? "Certes, Zahi Hawass allait à l'encontre des relents néocolonialistes de certains archéologues étrangers, estime Christian Leblanc. Son mot d'ordre, c'était : l'Egypte aux Egyptiens. S'il n'y a rien à redire sur ce point, il n'a pas pris conscience, en revanche, que beaucoup de missions étrangères font un énorme travail de conservation et de valorisation, sans compter la part consacrée à la formation. Au Ramesseum, nous employons 180 ouvriers sur 10 hectares de fouilles et participons, depuis des années, à l'encadrement de jeunes chercheurs égyptiens. Le discours de Zahi Hawass était complètement décalé par rapport à la réalité. Le patrimoine égyptien n'est pas seulement national : il appartient à l'histoire de l'humanité. Mais je suis confiant : les jeunes qui viendront après lui seront plus modérés si nous avons la volonté d'insuffler un véritable partenariat prenant en compte leurs besoins."

Aujourd'hui, une menace islamiste sur le patrimoine archéologique est largement balayée. Les déclarations du cheikh salafi Abdel Moneim Al-Shehat, qui a prétendu recouvrir de cire ou de draps les statues antiques, ont été désavouées par son propre parti (Al-Nour). Tout au plus les salafistes se bornent-ils à souligner que les ruines ne sont pas une priorité. "Le fait que les gens votent islamiste dans les zones touristiques prouve que les islamistes ne sont pas perçus comme une menace pour les antiquités", affirme, confiant, Ahmed Abd El-Halim, l'un des fondateurs des Archéologues égyptiens libres. Partout en Egypte, l'ardeur avec laquelle les jeunes révolutionnaires s'emparent de la référence pharaonique est sans précédent dans l'histoire du pays. Elle résonne d'un espoir dont le souffle créatif témoigne d'une attention renouvelée au patrimoine. Les figures de pharaon, les monuments comme l'obélisque sont détournés à des fins critiques contre le régime militaire. A l'occasion du premier anniversaire de la révolution, le 25 janvier, les révolutionnaires ont présenté, place Tahrir, un obélisque en bois de 40 mètres de haut décoré du nom des martyrs assassinés par l'armée depuis le début du soulèvement.

Face aux figures antiques valorisées par l'ancien régime depuis Nasser, comme le roi Ménès, artisan de l'unification du royaume trois millénaires avant l'ère chrétienne, c'est désormais celle de Maât, déesse de l'harmonie sociale et politique, qui est présentée comme présidant aux destinées de la révolution.

Claire Talon (Le Monde 11/03/2012)

10:09 Publié dans L'EGYPTE AUJOURD'HUI

dimanche, 04 mars 2012

Une porte de grenier de la XVIIe dynastie à Karnak

Initié en octobre 2008, un programme d'étude du Centre Franco-Égyptien d'Étude des Temples de Karnak concerne le temple de Ptah situé en limite septentrionale du temple d'Amon-Rê. Construit sous le règne de Thoutmosis III (env. 1479-1424 av. J.-C.), ce temple a été restauré, agrandi et aménagé jusqu'au règne de l'Empereur Tibère (début du 1er siècle de notre ère). Cette étude comprend une documentation épigraphique, architecturale, archéologique et photographique, associée à un programme de restauration et de mise en valeur du site en vue de son ouverture au public.The new Pharaoh discovered Sen Nakht N Ra.jpg

Les fouilles conduites dans le temple de Ptah ont mis en évidence des structures plus anciennes, murs massifs en briques crues, probables vestiges d'un temple précédent ; à l'heure actuelle, seule la céramique recueillie indique une datation fin XVIIe dynastie-début XVIIIe dynastie.

Dans le courant du mois de février 2012, l'équipe CNRS a découvert en bordure méridionale du temple les premiers éléments d'une structure administrative datant de la XVIIe dynastie (env. 1634-1543 avant notre ère), un montant et un linteau fragmentaire en calcaire. Les difficultés d'accès à ces monolithes découverts dans un sondage pratiqué entre des constructions plus tardives ont ralenti leur mise au jour.

 

Seul le recours à la grue du Centre a permis d'extraire de la fouille l'imposant montant de porte de 2,03 m de haut et pesant près d'une tonne. Les inscriptions hiéroglyphiques conservées précisent qu'il s'agit d'une porte de grenier dédiée à Amon-Rê, dieu tutélaire de Karnak. Mais l'information capitale concerne avant tout l'identité du bâtisseur de cette structure : le roi Sénakht-en-Rê. Il s'agit du premier document contemporain de ce roi jamais découvert en Égypte. Ce nom était jusqu'ici connu uniquement par trois documents posthumes rédigés un à deux siècles après son règne durant les XVIIIe et XIXe dynasties (env. 1543-1186 avant notre ère Le montant de porte livre les trois principaux noms du souverain : le nom d'Horus, le nom de Roi de Haute et Basse Égypte et le nom de Fils de Rê, cette série de noms étant en conséquence totalement inédite * et permettant désormais d'identifier avec certitude ce souverain.

Sénakht-en-Rê, dont on ignorait tout jusqu'à présent, est considéré par les Égyptiens anciens eux-mêmes comme un des ancêtres des souverains fondateurs du Nouvel Empire. La localisation de sa tombe, qui se trouvait très vraisemblablement sur la rive ouest thébaine, est inconnue.

Cette découverte a des implications importantes dans les reconstitutions historiques fondées sur le prisme de l'historiographie égyptienne et modifie en profondeur notre connaissance de la chronologie de cette période qui voit la fin de la domination Hyksôs en Égypte et l'émergence du Nouvel Empire.

Article paru sur le site du CFEETK

* Voir Jürgen Von Beckerath, Handbuch der âgyptischern Königsnamen : p.128, 129

 19:05 Publié dans ARCHEOLOGIE, FOUILLES

jeudi, 01 mars 2012

Le retour de la momie…à Châteauroux

Après avoir passé dix ans à Paris, la momie d'Antinoë revient dans le musée Bertrand, où les Castelroussins peuvent désormais la contempler.

Propriété du Louvre, la momie copte avait été déposée en 1904 au Musée de Châteauroux. Mais cela fait dix ans que les Castelroussins n'avaient pas pu l'observer. Mise au jour à l'occasion de fouilles dans le Fayoum, la momie d'Antinoë a fait l'objet d'expertises par des spécialistes du musée parisien. Dermatologues, dentistes, égyptologues se sont succédé à son  chevet; leurs découvertes seront publiées en septembre prochain.

Son retour public a été l'occasion pour le Musée Bertrand d'ouvrir une toute nouvelle salle consacrée à l'égyptologie.

En complément, la médiathèque propose de redécouvrir les trésors de l'expédition de Bonaparte en Egypte. De nombreux  scientifiques et illustrateurs avaient accompagné Napoléon. Ils en ont rapporté une somme colossale d'informations compilées dans un ouvrage encyclopédique.

 

 

La momie égyptienne, vieille de 2000 ans, est exposée au musée Bertrand de Châteauroux

 

Une petite vidéo:

http://www.youtube.com/watch?v=Td1aXZmmm3A&feature=player_embedded

 17:46 Publié dans MUSEES

mercredi, 29 février 2012

Résurrection du site de Kom el-Hetan

A une centaine de mètres derrière les deux célèbres colosses, dont l'un dit « de Memnon », qui ornaient le temple d'Amenhotep III à Kom el-Hetan (Thèbes rive ouest), les archéologues ont redressé un autre colosse en quartzite. Il est sans doute tombé, avec son partenaire, les colosses allant par deux, pendant le tremblement de terre qui a eu lieu aux alentours de 1200 avant notre ère.

Mesurant à l'origine près de quinze mètres de haut (ses célèbres compagnons mesurant environ dix-huit mètres) ce colosse représente bien sûr le roi Amenhotep III. Cassé en plusieurs morceaux, il a été partiellement enseveli dans l'eau et la boue, avant d'être mis au jour en 2002 et rapporté sur la terre ferme. Restauré, consolidé sur son piédestal, il a pu être réinstallé à sa place d'origine. Ce géant de 250 tonnes, brisé en une quarantaine d'endroits, devrait retrouver sa tête et sa poitrine lors de la prochaine saison.

Lorsque les six statues colossales seront en place, le site aura retrouvé une partie de sa splendeur d'antan.

La mission, menée depuis de nombreuses années par une équipe égypto-européenne, sous la direction d'Hourig Sourouzian, n'a pas fini de nous faire découvrir ce site, qui abritait le plus grand temple de la rive ouest.

10:50 Publié dans ARCHEOLOGIE, FOUILLES

La thébes du Delta
Réaménagement. Riche en antiquités, le site de San Al-Hagar ou Tanis, situé dans le Delta, est l’objet d’un grand projet de restauration.
 

Temples, obélisques, nécropole et lac sacré, on se dirait à Louqsor et non dans un village agricole du Delta. A 150 kilomètres au nord est du Caire, dans le gouvernorat de Charqiya, s’étend sur une superficie de près de 500 feddans (210 ha), le village de San Al-Hagar, le site archéologique de Tanis. Cette région, qui constitue la partie la plus riche de tout le Delta en matière archéologique, est l’objet d’un grand projet d’aménagement et de restauration. Ces travaux seront bientôt entamés par le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) en coopération avec une mission archéologique française qui opère sur le site depuis les années 1928.

Une entreprise ambitieuse, puisqu’il ne s’agit pas uniquement de travaux d’aménagement et de restauration des monuments mais plutôt de reconstruire cette ville antique de Tanis. Ainsi, le temple d’Amon doit être reconstitué afin de retrouver son état original avec ses statues colossales, ses obélisques géants et ses murs gigantesques tout en assurant la sécurité de ses éléments.

« Imaginons le temple d’Amon après sa reconstruction avec les statues géantes qui se trouvent des deux côtés de l’entrée, ainsi que le haut mur avec les trois pylônes, allant jusqu’à l’autel sacré, et deux obélisques de chaque côté des pylônes, ça serait vraiment magnifique », rêve Hassan Ibrahim, responsable archéologique à San Al-Hagar. En fait, Tanis est connue surtout pour ses obélisques. Elle en compte 17, dont la plupart sont intacts. « Très souvent, on trouve les quatre façades des obélisques pleines d’inscriptions. Le plus intéressant, c’est que parfois sur un seul obélisque on peut regrouper des textes qui remontent à différentes époques historiques », souligne Mohamad Abdel-Maqsoud, directeur des antiquités du Delta. Selon lui, cela prouve que ces obélisques ont été réutilisés maintes fois. En fait, l’obélisque dressé à la place de la Concorde, à Paris, provient de la ville de Tanis, de même que celui actuellement situé à l’entrée de l’aéroport international du Caire.

Outre les travaux de restauration des tombes royales qui seront entamés par le CSA, un système d’aération et d’éclairage sera établi afin de permettre une visite confortable aux touristes.

Si Tanis est considérée comme la ville la plus riche en vestiges archéologiques au Delta, il est certain que les trésors qui s’y trouvent ne représentent que très peu par rapport à ceux qui y seraient enfouis. Les fouilles n’ont été faites que sur 10 % seulement de la superficie totale du site.

De plus, un objectif principal de la restauration est également d’attirer le plus de touristes possible essayant de diminuer le flux touristique sur les sites archéologiques de la Haute-Egypte, à savoir que près de 10 000 touristes se rendent annuellement à San Al-Hagar.

Dalia Farouk
Basma Farahat


 

 

Voyages

Inauguration . Le Musée du crocodile d’Assouan vient d’ouvrir ses portes après quatre ans de retard. Une découverte unique en son genre.

Entre crainte et vénération

 

Situé en face du temple de Kom Ombo (dédié à Sobek et à Horus), le premier musée consacré au crocodile devait ouvrir ses portes aux visiteurs en 2008. Mais il n’a été inauguré officiellement que quatre ans plus tard, le 1er février 2012. Une ouverture qui entre dans le cadre de la célébration de la révolution du 25 janvier et de la fête nationale du gouvernorat d’Assouan.

Cet extraordinaire musée donne directement sur le Nil. « Le musée rend compte de l’importance des crocodiles en général et de Sobek, considéré comme un symbole de fertilité du Nil. La construction de ce musée, qui est le plus grand au monde consacré à un seul animal, a coûté 7 millions de L.E. Je pense que ce musée deviendra une source d’attraction touristique », explique Mohamad Ibrahim, ministre d’Etat des Antiquités.

Le Musée du crocodile expose, entre autres, une vingtaine de momies de crocodiles parmi les cinquante découvertes dans la zone à proximité du temple de Kom Ombo. Les momies exposées proviennent d’animaux de différents âges et de différentes tailles. Elles vont d’un mètre et demi de longueur pour les plus petites à plus de cinq mètres pour les plus grandes. « Le Musée du crocodile possède la plus grande collection au monde de crocodiles momifiés. Il présente les différentes étapes de la momification des crocodiles. C’est en fait la même méthode qui est suivie pour la momification des rois de l’Egypte ancienne », souligne Mohamad Al-Biyali, directeur général des antiquités de la Haute-Egypte.

Dans les vitrines, on peut également découvrir des fœtus, des œufs de crocodiles, des dents et des yeux en or placés sur les momies. Pour compléter le tout, une collection de sculptures de crocodiles en bois et en granit, des sarcophages ainsi que des répliques de niches de crocodiles dans les rives sont visibles dans le musée.

Une partie des Egyptiens de l’Antiquité vénérait Sobek, surtout pendant la XIIe dynastie. La présence de crocodiles dans le Nil était pour les pharaons l’annonce d’une crue favorable aux récoltes. Mais les Anciens Egyptiens redoutaient aussi les crocodiles et cherchaient à s’en protéger par des charmes et des amulettes. Le célèbre historien grec Hérodote nous apprend que les habitants d’Eléphantine mangeaient les crocodiles.

Le crocodile, qui se nourrit presque essentiellement de poissons, était adoré à Kom Ombo et dans la capitale du Fayoum, nommée par les Grecs « Crocodilopolis ». Dans ces cités consacrées à Sobek, les crocodiles étaient soignés et nourris. Les habitants de certaines villes élevaient et apprivoisaient chacun un crocodile.

« Ils paraient ses oreilles de boucles en or et en cristal et entouraient ses pattes avant de bracelets. Ils les nourrissaient aussi des restes choisis provenant des sacrifices. Une fois mort, le crocodile était embaumé et on lui consacrait une sépulture », écrit Hérodote.

Très répandu sur le continent africain, le crocodile du Nil est l’un des plus grands reptiles vivants. C’est un carnivore féroce. Le dieu Sobek est représenté soit sous la forme d’un crocodile, soit sous celle d’un homme à tête de crocodile. Le crocodile est aujourd’hui protégé. Il est menacé d’extinction dans certaines régions l.

Amira Samir

Le dieu-crocodile : entre crainte et fascination

Par Dr Mohamed el Bialy - Secrétaire d’Etat des Antiquitésde Haute-Egypte.

Aujourd’hui disparu de la vallée du Nil d’Assouan au Delta — mais toujours très présent en amont du Haut-Barrage —, le reptile africain le plus répandu est le Crocodilus Niloticus. Il atteint parfois une taille pouvant dépasser six mètres de longueur. L’accroissement du peuplement humain et les changements climatiques dus à la première modification du régime des crues du Nil ont fortement contribué à l’extinction locale de cette espèce.

L’animal est un amphibie. Son rythme biologique à sang-froid l’oblige à passer de longues heures au soleil, tout en guettant ses proies. Carnivore, son comportement de prédateur constitue un danger pour tout être vivant s’approchant des points d’eau. Seule sa mandibule supérieure étant mobile, le crocodile happe sa victime en l’étouffant et la noie ensuite en l’entraînant sous l’eau. Le plus souvent, il ne la dépèce pas aussitôt, ayant une préférence marquée pour les chairs faisandées, et laisse macérer le cadavre quelque temps dans un recoin marécageux du fleuve. Il n’émet que très rarement un son, attaquant ses proies par surprise. Mais s’il est menacé, acculé ou blessé, alors le bruit qu’il produit est un des plus terrifiants que l’on puisse entendre dans le monde animal. Ceci, avec ses mœurs à la fois aquatiques et terrestres, a fortement contribué à faire du crocodile un animal étrange empreint d’un caractère surnaturel.

Dans la langue hiéroglyphique, plusieurs termes peuvent désigner le grand saurien. Beaucoup d’entre eux ne sont que des métaphores le désignant comme un « monstre » inspirant la terreur. Le nom vulgaire était messeh (d’où dérive probablement le mot temsah de la langue égyptienne actuelle). Mais dès lors qu’il s‘agit d’évoquer le caractère religieux de manifestation divine incarnée dans le reptile, c’est le nom Sobek qui revient : un vocable jusqu’ici intraduisible, que les Grecs ont rendu sous la forme Óïõ÷ïò, Soukhos.

Selon les dogmes religieux de l’Egypte antique, la divinité assure l’existence de la totalité de l’univers et le maintien de la vie par les manifestations de son action constante. De nombreuses formes animales peuvent en être le symbole. L’image de la lionne, nommée Sekhmet, la « toute puissante » inspirée par la vue du fauve défendant ses petits, exprime l’éclatement de la fureur divine et ses funestes conséquences pour l’impie qui compromet l’ordre du monde.

L’évocation de Sekhmet devient ainsi synonyme d’une puissance destructrice, supranaturelle, qui n’est autre que l’explosion de chaleur solaire qui anéantit la vie et transforme la terre des hommes en désert de mort.

La nature et le mode d’existence du crocodile du Nil ont ainsi conduit les Anciens Egyptiens à voir dans cet animal une manifestation de la présence divine, à la fois dangereuse et bénéfique. Imprévisible dans ses attaques, le saurien est avant tout dangereux. Tel que le concevaient les Anciens Egyptiens, l’univers ne doit son existence qu’au maintien de l’équilibre (exprimé par le symbole de Maât) entre les forces contraires, ordre et chaos, qui le constituent.

Seule l’action constante du principe divin créateur permet d’éviter le triomphe du mal absolu. Celui-ci ne peut être éradiqué, mais seulement contenu dans ses excès, de sorte que tout être qui attente à la vie est, dans l’instant de son crime, la démonstration de son appartenance aux puissances négatives du désordre. Ce n’est plus alors Sobek qui est en cause mais une sorte de mutation aquatique de Seth le néfaste, celui dont le désert démontre l’existence et qui, inlassablement, s’acharne à détruire l’espace vital qu’est la vallée fertile.

On doit alors combattre le reptile meurtrier et le mettre hors d’état de nuire. On comprend par là l’incompréhension manifestée par les voyageurs de l’époque gréco-romaine face à l’attitude, en apparence contradictoire, des populations égyptiennes locales envers les crocodiles. Alors qu’ils pouvaient voir, ici ou là, des prêtres et des fidèles révérer le représentant de Sobek, ailleurs, l’animal était férocement massacré et peut-être même mangé, tout comme l’hippopotame.

Entre terre et eau

Avec l’hippopotame, le saurien est le seul à vivre à la fois sur la terre et dans l’eau. Il fréquente les zones sèches le jour et regagne le fleuve et ses profondeurs dès le coucher du soleil. Tout naturellement, la sortie des eaux du crocodile à l’aube et sa veille terrestre le jour, de même que sa disparition dans les ténèbres liquides la nuit, faisaient de lui une réplique directe et proche des hommes, du miracle quotidien du retour de l’astre de vie. Les théologiens égyptiens créèrent donc un nom définissant ce caractère si spécial : Sobek-Rê.

Mentionné dans les textes dès le temps des Pyramides (Ancien Empire, 2500 avant notre ère), les traces historiques du saurien sont très fréquentes au Fayoum, la grande oasis d’Occident, ville de Rê. C’est ici que l’on a recueilli les premiers témoignages d’une vénération locale privilégiant l’aspect spécifique du rôle religieux de Sobek le crocodile, émanation de la présence de Rê.

Avec le déplacement au Sud des centres du pouvoir pharaonique à la fin du second millénaire avant notre ère, de nouveaux sanctuaires dédiés à Sobek-Rê prennent le pas sur les anciens lieux de culte du Nord et du Fayoum. En effet, l’amphibien ne calquait pas seulement son comportement sur celui du principe solaire dans l’alternance du jour et de la nuit, mais il possédait aussi la faculté de maîtriser l’alternance du régime des eaux, si particulier dans la Vallée du Nil. Mais c’est avant tout le caractère religieux de manifestation divine incarnée dans le reptile qui est vénéré .

                                                                                                                                                                                                                                                                          

27. février 2012 - 14:54

Découverte marquante pour l’égyptologie suisse

Dans la Vallée des rois, les archéologues travaillent sous un soleil de plomb.
Légende: Dans la Vallée des rois, les archéologues travaillent sous un soleil de plomb. (swissinfo)

Une équipe suisse vient de mettre à jour une momie dans la Vallée des rois. Un véritable événement, puisqu’il s’agit de la première découverte du genre depuis l’exhumation de Toutankhamon, en 1922. swissinfo.ch a visité le chantier.

La Vallée des rois est un peu le graal des égyptologues. Située en plein désert, près de Louxor, elle abrite les tombeaux de bon nombre de pharaons, de membres de la famille royale ou de grands dignitaires de l’époque du Nouvel Empire.

C’est dans cette vallée qu’a été réalisée, en 1922, la plus fabuleuse découverte de l’histoire de l’égyptologie: la tombe de Toutankhamon. Fabuleuse, car la seule parvenue intacte jusqu’à notre époque. Mais depuis lors, plus rien.

Un nettoyage fructueux

C’est dire si la découverte d’une nouvelle tombe sur le site constitue un événement dans le petit monde de l’archéologie. Tout a commencé le 25 janvier 2011, lors de travaux de nettoyage réalisés par une mission de recherche conduite par l’université de Bâle.
 «Ce fameux 25 janvier 2011, nous étions en mission de nettoyage sur une tombe déjà connue, raconte Susanne Bickel, chef de projet de l’équipe archéologique suisse et professeur à l’université de Bâle. Nous construisions un muret autour de cette tombe quand, tout à coup, nous avons découvert le bord supérieur de quelque chose…»
 «Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait de dépôts de gravats ou d’une construction inachevée, poursuit-elle. Mais quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous avons découvert que c’était probablement une autre tombe. Jamais nous n’aurions imaginé que deux tombes puissent être aussi proches l’une de l’autre.»
 Mais cette trouvaille est dans un premier temps laissée au sable. Début 2011, l’Egypte est en effet en pleine révolution. Les rumeurs de pillages se multiplient. Par mesure de sécurité, la mission lève le camp et les étudiants rentrent en Suisse. Un couvercle en métal est placé sur l’ouverture de la tombe en attendant une période plus favorable pour l’explorer.

Le masque funéraire de Nehemes-Bastet.

Le masque funéraire de Nehemes-Bastet. (Uni Basel)

Un sarcophage pas comme les autres

Ce sera pour janvier 2012. L’équipe reçoit l’autorisation officielle des autorités égyptiennes de poursuivre les fouilles. «Nous étions pressés de savoir ce qui se trouvait dans la tombe, déclare Susanne Bickel. Il nous a fallu quatre jours pour creuser un puits. Nous avons pu glisser un bras pour poser une caméra. Nous avons vu une tombe inviolée, un sarcophage totalement intact, qui ne ressemblait pas aux sarcophages que nous avions l’habitude de voir.»
 L’équipe, qu’une tente protège du soleil de plomb qui sévit dans la vallée, nous décrit un sarcophage à l’aspect sobre, sans fioritures. «Aucun décor sur les parois, dévoile l’un de ses membres. Un bois très épais, très beau. Nous savions que la tombe avait été construite au 15e siècle avant J.-C., mais nous avons découvert que le sarcophage datait du 9e siècle avant J.-C.»
 «Cette découverte permet de déduire deux éléments importants, poursuit-il. Du fait que la tombe date du 15e siècle, nous en avons conclu qu’il y a eu un deuxième enterrement 500 ans plus tard. D’autre part, la sobriété du sarcophage nous incite à penser qu’au 9e siècle, à la XXIIe dynastie, un enterrement consistait en un humble sarcophage et une simple stèle. Contrairement aux coutumes du 15e siècle, à la XVIIIe dynastie, où céramique et mobilier étaient très présents.»

Une momie joliment emballée

«D’après les inscriptions, pas encore intégralement déchiffrées, il s’agit d’une femme, précisent les archéologues bâlois. Elle s’appelait Nehemes-Bastet, ce qui signifie ‘Puisse la déesse Bastet la protéger’.»
 «Ce qui est étonnant, complète Susanne Bickel, c’est que ce sarcophage mesure 2 m de long alors que la momie, en parfait état de conservation, ne fait que 1,55 m. La défunte serait une chanteuse d’Amon-Rê. Son titre nous indique qu'elle faisait partie de l’élite. Une activité de prêtresse probablement occasionnelle, qu’elle devait exercer lors des grandes processions.»
 «C’est la première fois qu'on trouve dans la Vallée des Rois le tombeau d'une femme qui ne soit pas liée aux anciennes familles royales», souligne encore la chercheuse.

Encore beaucoup à apprendre

Le but du projet de l'université de Bâle est d'analyser les tombes non-royales situées dans la vallée latérale menant à la tombe de Thoutmosis III (cinquième pharaon de la XVIIIe dynastie). Ces tombes non-royales ont été très peu étudiées jusqu'à présent.
 «Beaucoup ne sont même pas connues du tout, précise Susanne Bickel. Nous les fouillons, documentons leur architecture et essayons de trouver dans les tonnes de débris qui les remplissent quelques indications qui permettent de préciser la date de leur utilisation, éventuellement la ou les personne(s) qui ont eu le privilège d'être enterrés dans cette vallée, auprès des pharaons.»
 La découverte du sarcophage de la chanteuse d'Amon nous renvoie à une autre période de l'utilisation de la vallée, celle du 9e siècle av. J.-C., où les tombes ont été réutilisées une seconde fois. La momie, en parfait état, n’a pas encore été analysée. Il reste donc encore bien des choses à apprendre de la Dame, qui a échappé aux pillages et à l’usure du temps pour nous parvenir intacte et nous dévoiler un peu de ses secrets.

 

Fatiha Temmouri, Vallée des Rois, swissinfo.ch

mardi, 07 février 2012

Bientôt: LE CREPUSCULE DES PHARAONSTête verte Berlin.jpg

Le crépuscule des Pharaons, Chefs-d'œuvre des dernières dynasties égyptiennes,

Exposition au Musée Jacquemart-André à  Paris, du 23 mars au 23 juillet 2012


Du 23 mars au 23 juillet 2012, plusieurs chefs-d'œuvre du dernier millénaire de l'histoire pharaonique (1069-30 avant notre ère) investissent le musée Jacquemart-André.
Pour la première fois, une exposition attire l'attention sur les plus belles réalisations de cette période afin de démontrer qu'il serait abusif de réduire le « crépuscule » de l'ancienne Égypte à dix siècles de déclin, même si le pays a été successivement envahi par les Kouchites, les Perses et les Macédoniens.
Plus d'une centaine de pièces exceptionnelles, provenant de temples ou de tombes, qui ont été prêtées par les plus grandes coll
ections internationales d'antiquités égyptiennes (Ägyptisches Muséum de Berlin, British Muséum, Musée du Louvre, Métropolitain Muséum de New York, Muséum of Fine Arts de Boston, Kunsthistorisches Muséum de Vienne...) témoignent de la richesse et de la diversité de la création artistique égyptienne après les Ramsès.

Commissaire de l'exposition: Olivier Perdu


Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann - 75008 PARIS
Tel. : + 33 (0)1 45 62 11 59
www.musee-jacquemart-andre.com
Le Musée se situe à 400 m de la place Charles de Gaulle-Étoile.

Ouvert tous les jours de 10h à 18h.

dimanche, 05 février 2012

Un jour, j'achetai une momie...

370_450_egypte-pretre.jpgUn jour, j'achetai une momie...

Émile Guimet et l'Égypte antique

Exposition du 30 mars au 2 juillet 2012 au Musée des Beaux-arts de Lyon


Quand, en 1865, Émile Guimet (1836-1918) part visiter l'Égypte, il ne se doute pas que ce voyage va bouleverser sa vie. Fasciné par l'archéologie, la philosophie et l'histoire des religions orientales, une passion qui va l'entraîner jusqu'en Extrême-Orient, le jeune industriel lyonnais commence alors une exceptionnelle collection.

 L'exposition réunit une large part des antiquités égyptiennes qu'Émile Guimet acquiert pendant près d'un demi-siècle, stèles, statues, sarcophages, figurines funéraires, papyrus, amulettes... Il finance même des fouilles, dont les plus célèbres, dans la nécropole d'Antinoé, livrent une fabuleuse moisson de momies et de textiles.

 Collectionneur atypique, il crée un musée dans sa ville natale de Lyon, dès 1879, puis à Paris, en 1889, et à nouveau à Lyon, en 1913. La démarche exceptionnelle de cet industriel visionnaire devenu directeur et mécène de musées est replacée dans le contexte historique et scientifique français et européen de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

 Commissariat: Geneviève Galliano, conservateur en chef, département des Antiquités, musée des Beaux-arts de Lyon

 

 16:21 Publié dans EXPOSITIONS

le 26/01/2012 à 05:01 par Detlev Juppé

Archéologie Des Bâlois à l’origine d’une grande découverte dans la Vallée des rois

Les fouilleurs bâlois ont notamment découvert un sarcophage  en bois, avec une momie en parfait état de conservation. DR

Les fouilleurs bâlois ont notamment découvert un sarcophage en bois, avec une momie en parfait état de conservation. DR

Une équipe d’égyptologues bâlois a découvert une nouvelle sépulture dans la nécropole royale de Thèbes. La précédente découverte remonte à 1922 : celle de la tombe de Toutankhamon par Howard Carter

Les archéologues sont unanimes : quelque 70 % des vestiges pharaoniques sont encore enfouis sous les sables d’Égypte. D’où ces innombrables équipes de fouilles nationales et internationales qui les creusent et retournent tous les ans. Et ce qui vaut pour l’Égypte entière le vaut encore plus pour la plus célèbre de ses nécropoles, la Vallée des rois. Or n’y creuse pas qui veut, dans ce prestigieux cimetière où reposaient les augustes momies des pharaons des XVIII e et XIX e dynasties, grosso modo entre 1500 et 1000 avant l’ère chrétienne : celles des Thoutmosis, Aménophis, Ramsès… L’une des très rares équipes étrangères qui y sont admises par Le Caire est celle de l’institut d’égyptologie de l’Université de Bâle, présent sur le site depuis 1998.

En 2006, une équipe américaine — autre nation admise sur place — menée par Otto Schaden y avait découvert ce qu’on pensait être une tombe. Aujourd’hui, les spécialistes pensent que cette cavité avait simplement servi de dépôt de matériel de momification. Ce trou avait néanmoins reçu l’appellation de KV63 (King’s valley 63), après la découverte de la KV62 en 1922, la tombe du célébrissime roi-enfant Toutankhamon.

« En 2009, nous avons lancé le University of Basel King’s valley project. Il s’agit d’étudier les tombes non-royales de la XVIII e dynastie [vers -1450/1500, NDLR], époque où cette vallée encaissée entre d’abruptes montagnes et surplombée d’une pyramide naturelle, a accueilli ses premiers pharaons. Et non seulement des pharaons, mais aussi de hauts dignitaires et des membres de la famille régnante. Les sépultures de ces personnages n’ont jamais été étudiées. Nous espérons trouver la réponse à notre question : qui étaient celles et ceux qui avaient le droit de reposer à proximité de leur roi et dieu ? » A la tête de ce projet, Susanne Bickel, professeur d’égyptologie à Bâle, compte onze cavités dans le périmètre de « sa » concession. « Ce sont des tombes à puits ou à descenderie inclinée, sans décor, mais avec une grande variété de plans. »

L’égyptologue se souvient : « C’est en nettoyant les environs d’une sépulture à puits et en la sécurisant, que nous sommes tombés sur ce qui ressemblait aux restes de la bordure d’une structure enterrée. C’était… le 25 janvier 2011, premier jour de la révolution égyptienne ! » L’insécurité sur les sites archéologiques grandissant, avec ses vols et destructions volontaires, l’équipe bâloise décide alors : « On couvre tout, on n’y touche pas. » Une autorisation de fouille est demandée, Le Caire répond positivement.

Susanne Bickel et ses collègues, aidés par une douzaine d’ouvriers locaux, ont repris le chantier au début de cette année : « En dégageant les gravats superficiels, nous avons eu la grande surprise de découvrir le blocage originel de ce puits, un remplissage fait de gros blocs de calcaire. Des débris de céramique trouvés en dessous, à l’entrée de la chambre sépulcrale nous ont permis de dater la construction du puits : début de la XVIII e dynastie. »

Le 12 janvier dernier, la tombe a enfin pu être ouverte. La sépulture aurait été creusée vers -1540. Pour qui ? Les chercheurs ne le savent pas encore. « Elle a probablement été rouverte et pillée quelque temps après. Puis elle s’est remplie de gravats », avance Susanne Bickel.

Quelque 600 ans plus tard, sous la XXII e dynastie, au IX e siècle avant l’ère chrétienne (3 e période intermédiaire), cette tombe aujourd’hui enregistrée sous KV64 a été réutilisée : « De cette période, nous ne connaissions aucune tombe intacte. » Une fois le puits dégagé, les fouilleurs bâlois ont découvert, à une profondeur de près de 5 m, dans une chambre unique et plus large que le puits, un sarcophage en bois. « Il est entièrement noir, avec des décors en jaune, typique pour cette période. D’après les inscriptions, pas encore intégralement déchiffrées, il s’agit d’une femme. Elle s’appelait Nehemes-Bastet, ce qui signifie : ‘‘Puisse la déesse Bastet la protéger’’. Ce qui est étonnant, c’est que ce sarcophage mesure 2 m de long alors que la momie, en parfait état de conservation, ne fait que 1,55 m. Cette dame a dû faire partie de l’élite religieuse de Thèbes, fief du dieu Amon. D’après les inscriptions, son père était prêtre au temple d’Amon à Karnak. La fille portait le titre de ‘‘chanteuse d’Amon’’. C’était certainement un titre honorifique lié à la prêtrise. Elle n’a probablement pas chanté tout le temps. »

Seul mobilier funéraire de cette sobre tombe : une petite stèle cintrée en bois, déposée au pied du cercueil. Une découverte de première importance scientifique : « Presque tous les musées en possèdent, mais personne ne connaît le contexte de leur trouvaille. Aujourd’hui, nous savons que ces stèles votives pouvaient être déposées comme seul mobilier funéraire auprès du mort. »

L'Alsace

mardi, 17 janvier 2012

KV 64, suite...

La chanteuse d'Amon, ensevelie dans la tombe KV 64 s'appelle Nehmes Bastet. Elle a vécu sous la XXIIe dynastie selon les inscriptions. Le cercueil a été ouvert hier par le Professeur Suzanne Bickel de l'Université de Bâle,  la directrice de la mission de fouilles Elina Paulin-Grothe, et en présence du Dr Mohammed El-Bialy, inspecteur en chef des antiquités de Haute Egypte. Il renferme une momie parfaitement conservée.

Le bord supérieur de la sépulture a été découvert le premier jour de la révolution, puis scellé à l'aide d'un couvercle métallique. La semaine dernière, à la reprise de la saison de fouilles, la structure a été identifiée comme une tombe, l'une des très rares qui n'ont pas été pillées dans la Vallée des Rois.

Elina Paulin-Grothe a précisé que cette tombe "n'a pas été construite pour la chanteuse mais a été réutilisée 400 ans après la sépulture originale". "Il existe d'autres tombes non royales dans la Vallée des Rois", ajoute le Pr Bickel. La plupart datent de la XVIIIe dynastie.

Il s'agit là d'une découverte importante qui montre que la Vallée a été utilisée pour l'inhumation de particuliers et de prêtres de la XXIIe dynastie.

C'est seulement la deuxième tombe découverte depuis celle de Toutânkhamon en 1922, la KV 62. En 2006, fut mise au jour la KV 63 qui renfermait sept cercueils vides.

dimanche, 15 janvier 2012

Nouvelle découverte archéologique dans la Vallée des Rois

La tombe de la fille d'un prêtre lecteur de Karnak a été découverte dans la Vallée des Rois (rive ouest de Thèbes) au cours d'une phase de déblayage menée par une mission de fouilles suisse, sur le sentier qui mène à la tombe de Thoutmosis III. Il s'agit d'un  puits qui mène vers une chambre renfermant un sarcophage et son matériel funéraire.

Mohamed Ibrahim, Ministre égyptien  des Antiquités a déclaré que le cercueil était peint en noir et décoré de textes hiéroglyphiques et qu'une stèle en bois portait le nom et les différents titres du défunt. Les premières études menées par l'équipe helvétique de l'Université de Bâle, dirigée par Elena Pauline Grothe ont révélé que la tombe date de la XXIIe dynastie, époque où des rois libyens gouvernaient l'Egypte. Les prêtres exerçaient une grande autorité à Louqsor et ont permis le remploi de certaines tombes des cimetières royaux pour l'ensevelissement de membres de leur famille. Ici la fille d'un prêtre lecteur de Karnak, chanteuse d'Amon Rê. Les fouilles vont continuer afin de mettre au jour le reste de la tombe.

 

 

17:58 Publié dans FOUILLES

mercredi, 11 janvier 2012

Le musée du crocodile de Kom Ombo va enfin ouvrir ses portes

Le musée du crocodile va enfin ouvrir ! Le ministre des antiquités Mohamed Ibrahim a annoncé que l'ouverture du musée coïnciderait avec le « National Day » d'Assouan, à la fin  du mois de janvier.

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Situé à Kom Ombo, près du temple dédié conjointement à Sobek et à Horus l'ancien (Haroëris), ce musée présentera quarante momies de crocodiles, depuis la grand modèle de cinq mètres jusqu'au fœtus et aux œufs. Pour compléter le tout, des statues en bois et en granit représentant le dieu Sobek.

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© MDP Printemps 2011

Le dieu Sobek est représenté soit sous la forme d'un crocodile, soit sous celle d'un homme à tête de crocodile. Très puissant, il est même considéré comme démiurge dans le Fayoum et symbolise aussi la fertilité.

Plus d'images du temple de Kom Ombo dans l'album situé ICI

Publié le 07/01/12 Par Elodie D.

Le Crépuscule des Pharaons au Musée Jacquemart-André

Grand masque funéraire Cartonnage doré et peint, 36 cm (H) Collection particulière © D.R. / Paul Louis
Le Musée Jacquemart-André nous invite à découvrir Le Crépuscule des Pharaons, à travers les Chefs-d’œuvre des dernières dynasties égyptiennes. Pour la première fois, une exposition s’attèle à la mémoire du dernier millénaire de l'Egypte Antique, grâce à des prêts exceptionnels des plus grandes institutions mondiales. La face cachée des derniers siècles de l'Egypte Antique, est racontée par le Musée Jacquemart-André du 23 Mars au 23 Juillet 2012.

Le Musée Jacquemart-André nous offre la possibilité de combler un trou dans la mémoire collective avec l'exposition le Crépuscule des Pharaons : certes, on connait l'Egypte, quelques uns des plus illustres pharaons de cette dernière - Ramsès II, Toutânkhamon, etc - l'histoire récente du pays, mais il arrive qu'on ne se rappelle pas de l' histoire de l'Egypte du dernier millénaire avant notre ère.

Accueillis par de pharaoniques statues, de par leur grande taille, nous sommes tour à tour conduits dans le monde des vivants , le monde du Pharaon et enfin le monde des Dieux : le Crépuscule des Pharaons se fait sentir peu à peu, à détour de portraits sculptés, d''une chambre funéraire parfaitement conservée et d'une imposante statue d'Osiris...

Le Crépuscule des Pharaons, époque dite de déclin, va nous surprendre grâce au Musée Jacquemart-André : malgré les tensions politiques et le déclin économique que subit l'Egypte, envahie par différents peuples aux cours de ces différents siècles, la culture et le savoir-faire artistique s'est développé, comme enrichi par ces rencontres.

Près d'une centaine d’œuvres magnifiquement conservées seront exposées - la Statue Verte de Berlin, une statue de Tasheretptah en Bronze, mais aussi des objets du quotidien tels des bijoux - témoignant de la singularité de l'art égyptien, étonnant par la rigueur de ses représentations faciales et la délicatesse de la pigmentation...

Pendant près de 4 mois, nous aurons le privilège de contempler des Chefs-d’œuvre venus du monde entier, retraçant la vie quotidienne mais aussi la vie politique et religieuse en Egypte de -1000 à notre ère.

Le Crépuscule des Pharaons, à découvrir au Musée Jacquemart-André du 23 Mars au 23 Juillet 2012,
Horaires : 10h-18h | nocturne lundi et samedi jusqu'à 21h
Tarifs : 10€ | 8,5€ tarif réduit | gratuit -7ans
Site du Musée Jacquemart-André

Crédit photo : Grand masque funéraire
Cartonnage doré et peint, 36 cm (H)
Collection particulière
© D.R. / Paul Louis

 

   

Association-Egypte-Nîmes
 17/02/06